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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Vers une langue plus pure
[jeudi 22 janvier 2009 - 15:00]
Littérature
Couverture ouvrage
L’Âge de la traduction. 'La tâche du traducteur' de Walter Benjamin, un commentaire
Antoine Berman
Éditeur : Presses universitaires de Vincennes (PUV)
181 pages / 19 € sur
Résumé : Un brillant commentaire de "La tâche du traducteur" de Walter Benjamin, texte fondateur de la traductologie littéraire moderne.
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Benjamin donne la métaphore du "vase brisé" qu’il faut reconstituer. On voit bien ici le lien entre Auflösung (résolution) et Aufgabe (tâche). Ce qui fonde l’activité du philosophe, écrit Benjamin, c’est la nostalgie de cette langue première, de cette langue de la vérité. Alors que la tâche du poète est première, elle suit les intuitions et les sentiments, la tâche du traducteur est "dérivée, dernière, idéelle". Le traducteur se situe au bout de la chaîne de la pensée, de la recherche de la langue de la vérité, et sa tâche est la plus ardue : il doit chercher à se rapprocher de la langue de l’original, en maintenant l’écart infini qui sépare les langues ; il doit œuvrer pour le rapprochement des langues, et attester en elles leur incomplétude, qui est désir de complémentation. Comme souvent chez Benjamin, c’est un paradoxe qui vient dire l’essence de la traduction. Les notions de ressemblance, de littéralité et de fidélité sont passées au crible de cette définition de la tâche du traducteur, de même qu’elles servent à en chercher toutes les implications.

Cette résolution, à laquelle œuvre le traducteur, est le but de la croissance des langues ; croissance que Benjamin qualifie de "sainte". Berman rappelle alors le lien entre le religions révélées et le langage, lieu de la révélation. De même, les textes sacrés sont ceux qui manifestent le plus un désir d’être traduits, alors même que l’intensité de la parole divine dépasse la capacité d’une langue, d’où la nécessité d’une "poly-traduction" et "poly-retraduction". Toute volonté de traduction est liée à cette injonction de traduire le texte sacré. L’origine de la traduction est religieuse, et Berman propose de comprendre le terme de religion dans un sens large, "comme tout ce qui a rapport au lien de l’homme à la totalité du monde". Traduire les Grecs, traduire Milton, Virgile, Broch ou Baudelaire, ce sont des tâches religieuses.

Le commentaire de Berman se termine sur la nécessité de comprendre le concept de "pure langue" dans un sens plus large que dans sa détermination messianique. Selon lui, la "pure langue" est ce qu’il nomme "l’essence dialectale de la langue", à savoir son noyau d’oralité. Les traductions de Luther, de Leyris, de Klossowski sont des traductions dialectales. "La traduction peut agir comme agent dialectisant, par où la langue revient à ses origines orales." La littéralité et la fidélité n’ont de sens que par leur attention à restituer cette essence orale de la langue.
 

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