On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Au secours Voltaire, ils sont devenus fous !", titrait France Soir, alors encore grand quotidien, quand éclata la polémique des caricatures de Mahomet en 2005. Reprenant l’appel au philosophe, le directeur de Charlie Hebdo Philippe Val retrace dans Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous l’affaire des caricatures publiées par son journal. Mêlant narration, confessions et règlements de comptes, il revient également sur la liberté d’expression en France et sur celle de l’ex-caricaturiste de Charlie Siné, parti l’été dernier du journal après une altercation avec lui. Dénonciations et craintes se succèdent, suscitant tour à tour l’adhésion et la contestation du lecteur.
Commençant par se justifier, Philippe Val évoque son lien avec la religion. Il poursuit ainsi son Traité de savoir-survivre par temps obscurs, dans lequel il racontait ses premières réflexions théologiques et athées. Passée cette introduction un peu longue, le directeur de journal apporte un éclairage intéressant sur le rôle et les responsabilités de sa fonction. Il fait entrer le lecteur dans la rédaction, en explique la répartition.
La partie la plus éclairante du livre est celle consacrée à l’affaire des caricatures de Mahomet, affaire croustillante, avec son lot d’implications de politiques, de pressions et de rebondissements. La lecture prend parfois la tournure agréable d’une comédie judiciaire, rendue vivante par ses personnages et ses bons mots. Elle apporte une contextualisation nécessaire en rappelant les intérêts des grands propriétaires de médias soucieux de leurs marchés dans les pays arabes, la tentative de récupération de Nicolas Sarkozy, les discussions entre Philippe Val et Dalil Boubakeur, recteur de la mosquée de Paris et auteur de la plainte contre Charlie Hebdo. Une narration qui complète le film de Daniel Leconte, C’est dur d’être aimé par des cons, sorti en septembre 2008, même si elle omet une grande partie du déroulement du procès – notamment les prestations à la fois drôles et brillantes des avocats de Charlie, présentes dans le film. Le livre va en revanche plus loin que le film en montrant comment l’affaire des caricatures reflète la situation globale de la presse. Philippe Val dénonce les abus de certains patrons de presse davantage préoccupés par leurs intérêts marchands dans les pays arabes que par la qualité du journal qu’ils possèdent.
Exposant ses points de vue tranchés sur le colonialisme, la guerre en Irak, la "politique arabe" du gouvernement français et même le nazisme, Philippe Val défend ardemment sa vision du monde. Au travers d’exemples, il cherche à inverser une censure qui va souvent dans un seul sens. Ainsi il s’insurge contre ceux qui prônent la réserve pour ne pas choquer les musulmans peu préparés culturellement à ce genre d’humour en répondant que les chaînes de télévision arabes diffusent des feuilletons basés sur les thèses du Protocole des Sages de Sion et que l’Occident lui non plus n’est pas préparé à cela.
9 commentaires
Krikri
Jérôme
intellectuelle. Il y a plein de matière débondée, on y va tout le temps, ça répond sans doute à un besoin des viscères cérébrales, et on clique comme on tire la chasse. " (même édito, 17.01.2001)
Et dire qu'il y en a qui le considère comme spinoziste ! C'est un bon saltimbanque, il est souvent drôle et engagé du bon côté (sauf avec P. Font où il avait fait "mauvaise pioche"), mais que diable, il faut savoir raison garder.
Jérôme
Slex
Reviens, Voltaire, ils sont devenus fous et cons!
KriKri