Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
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"Un peintre a toujours un père et une mère, il ne sort pas du néant…" Picasso (Picasso, Madrid, Ediciones Alfaguara, 1973)
"Confrontant passé et présent au-delà des ruptures stylistiques et des innovations formelles, l’exposition décline les thèmes et sujets génériques de l’expression artistique : autoportraits, portraits, nus, natures mortes, peinture d’histoire, scènes de genre ou mythologiques" (Anna Baldassari, directrice du musée national Picasso)
On dit que le père de Picasso, lui-même peintre et professeur à l’école des Beaux Arts a remis ses propres pinceaux et couleurs à son fils devant le spectacle de son génie. Cette scène inventée certainement de toute pièce n’en demeure pas moins symbolique de la reconnaissance de la supériorité artistique de Picasso : hommage du maître à son élève et non l’inverse.
Un catalogue raisonné accompagne les trois expositions jumelées du Grand Palais, du Louvre et du musée d’Orsay. Il est composé de six essais inauguraux qui présentent au lecteur son art par le biais de différentes approches : celle des écoles (française, allemande et espagnole) ou celle des techniques (évocation de la photographie, de la statuaire antique).
La peinture de la peinture (Anne Baldassari)
"Un cannibalisme pictural sans précédent serait à l’œuvre dans sa démarche qui érige en effet en système, la peinture de la peinture." (Anne Baldassari).
Au cours des huit années passées à l’École des Beaux-arts de Madrid puis de Barcelone, Picasso commence son apprentissage par la copie. Copie d’après la bosse ou l’antique, copie des maîtres s’inspirant les uns des autres constituant ainsi un répertoire iconographique, riche en déclinaisons originales. Le modèle se perd au fur et à mesure laissant éclater la subjectivité des pinceaux.
C’est grâce à la photographie que Picasso, comme les amateurs d’art des années 1870, précise Anne Baldassari, s’entoure des œuvres qu’il admire. Ce sont des clichés de qualité aléatoire qui de toute façon sont impuissants à rendre la taille et la couleur des œuvres reproduites. Moyen pour ceux qui les manipulent sinon de désacraliser les grands moments de l’histoire de l’art, du moins de les réinventer. "Absorber, actualiser et poursuivre toute la peinture.", c’est le projet glouton, affirme Anne Baldassari, que Picasso poursuit à 20 ans. Opérant une sorte de déconstruction à l’égard de la peinture des maîtres, le jeune espagnol traque la manière, s’en empare, l’exploite et la dépouille de ses scories contextuelles. Et c’est pour mieux la mettre à distance, on ne tarde pas à s’en rendre compte.
Cette multiplicité des inspirations est un caractère qui excite le dénigrement. Picasso trahit, imite, mélange. On parle de "fumisterie" dès 1901 (Gaston Coquiot), on est excédé par les brusques changements dans l’inspiration du peintre qui navigue de la figuration au cubisme. On regrette enfin le dessinateur, on sait qu’il a fait ses preuves et l’on est déçu, agacé par son intransigeance face au parcours classique et face à son refus de "bien dessiner".
Plus tard, dans les années 1940, le regard sur ses œuvres change et l’on reconnaît le génie du maître si décrié. Mais c’est seulement en 1971 que l’œuvre de Picasso sera montrée au public par les expositions en hommage aux 90 ans du Maître, aux musées du Louvre, du Petit Palais et au Grand Palais.
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