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Il vaut mieux que ce soit le corps français traditionnel qui se sente responsable de l'accueil de tous nos compatriotes. 
Gérard Longuet, à propos de l'éventuelle nomination de Malek Boutih à la tête de la Halde, 10 mars 2010.
Au moment même où Entre les murs est pressenti pour représenter la France lors de la cérémonie des Academy Awards (Oscar), il apparaît utile de revenir sur la parution du dernier opus de François Bégaudeau. Omniprésent sur la scène culturelle française, l’écrivain-scénariste-chroniqueur-futur-ex-professeur de lettres a signé au sortir de l’année 2008 un Antimanuel de littérature aux éditions Bréal.
Un antimanuel pour quoi faire ?
Rappelons pour mémoire les récentes fortunes de la collection Bréal, et notamment le célèbre Antimanuel de philosophie écrit par Michel Onfray. Soucieux de clarifier le sens et la valeur du terme même d’antimanuel, le philosophe précisait dans sa préface : "Dans les programmes officiels, on transmet des valeurs sûres, classiques. La plupart du temps, elles dérangent peu l’ordre social, moral et spirituel, quand elles ne le confortent pas nettement. Mais il existe aussi, et en quantité, des philosophes marginaux, subversifs, drôles, qui savent vivre, rire, manger et boire, qui aiment l’amour, l’amitié sous toutes ses formes." Invitant à lire les minores anticonformistes des temps passés – Aristippe de Cyrène, Diogène de Sinope ou encore Philodème de Gadara – l’essai d’Onfray se conformait donc idéalement au principe éditorial. La démarche de François Bégaudeau, quant à elle, apparaît plus indéterminée. Bien entendu, l’auteur rassure son lecteur dès les premières pages : "Il manque aux manuels de littérature d’interroger ce qu’une science humaine appellerait leurs présupposés, c'est-à-dire le tissu de principes et de valeurs." Jusqu’ici tout va bien, et le titre semble se justifier à plein. Et pourtant, toujours dans cette même préface, François Bégaudeau se rétracte : "Addenda, appendice, fascicule complémentaire, ou, dans le sens inverse de la pendule, préalable, avant-propos, préface, autant de dénominations mieux ajustées à l’humeur qui innerve le présent ouvrage." À travers cette glose en demi-teinte, on perçoit le principe rhétorique qui "innerve" l’écriture bégaudienne, à savoir la rétroaction, figure de style qui consiste à "nier immédiatement ce qu’on vient d’énoncer" .
L’écriture de Bégaudeau est fondamentalement rétroactive et sans doute est-ce là un foyer de crispation pour ses détracteurs. Plutôt que d’assumer un propos, l’auteur se sent obligé d’en atténuer, voire d’en annuler la portée. Alors qu’Onfray se prêtait au jeu de la collection "Antimanuel", Bégaudeau, comme souvent, se rétracte et cherche à voiler le principe vendeur de la démarche. On eut aimé avoir affaire au "Bégaudeau-sincère", celui qui n’hésite pas à déclarer au sujet de Jouer juste (Verticales, 2003) : "Sur six cent livres sortis à la rentrée, il ne devait pas être l’un des plus mauvais. Il avait des arguments presque marketing. Il était sexy. Les footeux s’y retrouvaient. Et il parlait d’amour, un sujet universel. Surtout, il était court. Il ne faut pas oublier ce détail fondamental quand on connaît le fonctionnement de la presse que je connais bien maintenant. Jouer juste était pitchable. J’utilise le mot pour être à fond dans le vocabulaire marketing." Un antimanuel de chez Bréal, ne l’oublions pas, c’est avant tout un ouvrage "sexy", dont le principal argument de vente est explicitement le refus d’un sectarisme intellectuel élitiste (sic). Le principal intéressé pouvait le reconnaître, assumer le principe marketing, la jouer juste… Oui, mais. Fidèle au principe de rétroaction, Bégaudeau déjoue et croit ainsi se sortir du guêpier médiatique.
4 commentaires
Gilles
Je me trompe peut-être mais M.Bégaudeau ne mentionne pas Nicolas Boileau et Mme de Lafayette dans son manuel. Ces écrivains - au talent largement supérieur (c'est peut dire !) à celui dont fait preuve Bégaudeau en qualité d'écrivain bobo-branché- méritent une place réservée au panthéon de la littérature (soyons un peu pompeux !)
la belle oiseuse... à moins qu
Nadianne
J'ai commencé par regarder les images -super ! - et en plus il y a les références, ce qui permet d'en repêcher certaines sur internet.
Après il a fallu passer au choses sérieuses et commencer à lire... Je ne suis pas une vraie intellectuelle, ma gêne venait de ce qu'il n'y avait rien de positif, il ne sortait rien de là-dedans, mais avec ce principe de rétroactivité je comprend mieux. Je n'en suis qu'au deuxième chapitre je vais continuer, sans espoir pour la "troisième partie de dissertation, synthèse" il n'y en aura pas, OK.
Une chose sympa : Bégaudeau aime les chats, il y en a partout, bonheur, même la littérature définie comme un chat sur le dos les pattes en l'air - (mais pas sans queue ni tête, c'est moi qui le dit !).
victor
Tentative d'ébauche d'un contre anti manuel de la littérature
"une activité qui se vit et, abandonnant l'objectif d'une définition, se contente de se faire."
"...participant de ce que Julien GRACQ appelle la chose littéraire et qu'il définit comme l'ensemble des productions de l'imagination et d'arts. Définition qui vaut surtout parce qu'elle n'exclut à peu près rien. [Merci de bien vouloir citer,à l'aide du langage, quelque chose ou quelqu'un qui ne serait pas partie des fruits des imaginations ou des arts] "
"Le vocable littérature existe, circule, fonctionne, quelques pratiques, objets, voire même peut-être sujets ou corps, se retrouvant et ne se retrouvant parmi, sous le seing à moins qu'en son sein. Ainsi, un être vivant, désigné par le mot tigre qui comme chacun sait ne rugit pas, en général, ne s'en trouva point modifié. Ainsi, d'ailleurs, peut-être, le tigre devint tigré sans en être affecté, son étant ne l'entendant point, de cette oreille..."
etc...
d'après L'anti manuel de littérature, F. BEGAUDEAU, ed.BREAL, 2008.
in www.myspace.com/manuelleyerly
www.myspace.com/index.cfm?fuseaction=blog.ListAllCustom&friendID=357449938&swapped=true&page=2