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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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Aux sources de la citoyenneté française
[jeudi 22 janvier 2009 - 16:00]
Droit
Couverture ouvrage
Le déshonneur dans la République. Une histoire de l'indignité 1791-1958
Anne Simonin
Éditeur : Grasset
758 pages / 25,56 € sur
Résumé : Un livre passionnément républicain qui revisite l'histoire de la citoyenneté et de la nationalité françaises.
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Condamné en 1772 par contumace, puis en 1777 à une première mort civile, Sade, citoyen exemplaire durant la Révolution, est néanmoins emprisonné sous la Terreur, entre novembre 1793 et octobre 1794. Le comité de Sûreté générale le tient en effet pour "très immoral, suspect et indigne de la société". La République vertueuse et théocratique que Robespierre cherche alors à mettre en place considère Sade comme dépravé. En 1797, son nom figure sur la liste des "émigrés" du Vaucluse, ses biens sont placés sous séquestre, et il doit sortir du territoire de la République. Le 2 décembre 1814, le Divin Marquis décède en état de "mort civile".

Le 27 février 1946, Jules H., 49 ans, employé de métro, est condamné par la première chambre civique de Paris, à la "dégradation nationale" à vie et à dix années d’interdiction de résidence en Seine, Seine-et-Oise, Seine-et-Marne. Il est déclaré coupable d’avoir adhéré au parti collaborationniste fondé par Marcel Déat, le Rassemblement national populaire (RNP), et d’avoir fait pression sur ses supérieurs, en vue d’une promotion, en faisant appel au directeur territorial du RNP et aux Allemands. La chambre civique déplore ainsi "son attitude sur le plan national", qui "n’est pas digne d’un Français et mérite d’être sévèrement réprimée".

Un siècle et demi d’intervalle pour deux cas judiciaires d’"indignité", l’une civique, l’autre nationale. Par le prisme de l’étrange qualification juridique d’"indigne", commune aux quatre premières Républiques, à la Monarchie de Juillet et au régime de Vichy, c’est à l’histoire renouvelée de la citoyenneté française que nous invite Anne Simonin dans ce livre très ambitieux. L’auteure mène la généalogie de cette qualification au gré d’un remarquable travail d’archives, tout particulièrement celles des 38 registres d’arrêts de jugements de la cour de justice siégeant à Paris entre le 2 janvier 1945 et le 23 janvier 1951. Livre d’histoire dira-t-on. Pas uniquement, et la finesse des analyses juridiques l’atteste. Anne Simonin lit en effet avec autant d’aisance les dizaines de décrets pris par la Convention dans les années 1793-1794, que les ordonnances du Gouvernement provisoire de la république française publiées entre 1944 et 1946. Enfin, la littérature est ici bien représentée, conçue comme "l’expression du refoulé du droit" . Dans le sillage du courant "Droit et Littérature" venu d’outre-Atlantique, Anne Simonin ambitionne de reconstituer un univers normatif où le droit et la fiction sont inséparablement liés. Elle repère donc les thèmes juridiques exploités par les récits littéraires, en particulier dans l’oeuvre de Sade (que l’on redécouvre immense et foisonnante).

L’idée générale du livre est simple, encore fallait-il avoir la force d’embrasser cette longue période (1791-1958). 1791 et 1944 constituent deux moments de l’histoire nationale française relevant d’une situation juridique et politique similaire : "l’état de siège fictif civil", lequel garantit la prééminence du pouvoir civil dans une République encore en état de guerre.

Titre du livre : Le déshonneur dans la République. Une histoire de l'indignité 1791-1958
Auteur : Anne Simonin
Éditeur : Grasset
Date de publication : 05/11/09
N° ISBN : 2246629918
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