On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Jeffrey Sachs est un militant. Son ouvrage, ambitieux par son thème et son champ, est un plaidoyer pour l’action collective en faveur du développement durable qui comporte un aspect programmatique et des conclusions de politique appliquée. Il présente un contrepoids nécessaire à certains constats apocalyptiques qui finalement démobilisent les énergies militantes. Etonnant pour un livre sur l’écologie, il en ressort un grand optimisme et une envie d’action.
Ce plaidoyer est à destination des Américains principalement, avec une charge contre la politique du gouvernement Bush dans tous les domaines (environnement, démographie, aides au développement). Il a valu à Jeffrey Sachs d’être qualifié de « social-démocrate scandinave » par Martin Wolf. Mais il intéresse également le public européen car c’est aussi un ouvrage de vulgarisation qui fait la synthèse des connaissances dans une dizaine de sciences : écologie, économie, sciences politiques, physiques, chimie, médecine… Tous les domaines représentés au Earth Institute de l’Université de Columbia, qu’il dirige. Les défis de la vulgarisation et de la pluridisciplinarité sont relevés brillamment. La lecture de ce livre est aisée par son style remarquablement clair.
En termes de constat, il rejoint à la fois Jared Diamond et Nicholas Stern : la prise de conscience des mesures nécessaires pour éviter des dommages considérables ne va pas de soi ; cependant, le coût actuel de l’évitement des catastrophes écologiques futures est faible, il y a donc urgence à agir. Six tendances façonnent le monde actuel : la convergence économique d’une partie des pays émergents ; une croissance démographique rapide (de 6,6 milliards à 9,2 en 2050 selon une prévision médiane) ; la montée de l’Asie (de 38% en 2000 à 54% du revenu mondial en 2050) ; l’urbanisation ; les défis environnementaux ; la pauvreté qui touche un milliard de personnes, pris dans des pièges à pauvreté qui bloquent le rattrapage de leur niveau de vie.
Des stratégies de développement soutenable accessibles à moindre coût
Face à ces tendances, il existe des stratégies de développement soutenable : des technologies permettent de relever les défis environnementaux ; une gestion soutenable des ressources naturelles nécessite de dépasser le marché sous certains aspects ; les politiques familiales permettent de limiter la croissance démographique ; il est possible de mettre fin aux pièges de la pauvreté à moindre coût. Beaucoup de ces politiques nécessitent néanmoins un renforcement de la coopération internationale.
Jeffrey Sachs détaille chacune de ces stratégies. Concernant l’environnement, nous sommes entrés dans l’ère de l’anthropocène, c'est-à-dire une ère où l’homme, avec l’industrialisation et la croissance démographique, a un impact majeur sur l’usage des terrains, la concentration de dioxyde de carbone, l’utilisation de l’eau, la fixation du nitrogène (nécessaire pour l’agriculture), les invasions de plante exogène au milieu d’origine, l’extinction des espèces d’oiseaux et de poissons.
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