On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
En ce qui concerne la littérature consacrée à l’éthique des affaires, elle s’est majoritairement ralliée à la thèse des "parties prenantes", initiée par Edward Freeman (pour mémoire, les stakeholders sont les détenteurs de droits ou d’intérêts, en l’occurrence les actionnaires, les banques, les salariés, les clients, les fournisseurs, les concurrents, les institutions publiques, les médias, les ONG, les communautés locales et la société dans son ensemble). Cette approche s’appuie sur la notion de responsabilité, mais élargie au-delà des seuls actionnaires. "Les responsables d’entreprise prennent leurs décisions non pas en cherchant à répondre à des questions relatives à la société en général, mais en fonction du contexte immédiat […], car ils sont en relation avec des parties prenantes, pas avec la société." En s’appuyant ainsi sur une représentation plus prégnante de la vie des affaires, le "capitalisme des parties prenantes" propose un modèle descriptif alternatif aux "narrations traditionnelles du capitalisme", qui permet de mieux formaliser les décisions des dirigeants, y compris dans leur dimension éthique. D’où le succès de cette théorie. "De nombreuses versions de la théorie des parties prenantes ont été proposées sans que le cadre général soit remis en cause. Cette robustesse provient de sa puissance descriptive et de sa plasticité théorique."
La limite de cette thèse, aussi séduisante soit-elle, est son constructivisme social. Son hypothèse fondamentale reste celle d’un individualisme absolu et d’une contractualisation en fait de sociabilité – même si cette contractualisation intègre un principe de coopération. Le fond de l’éthique qu’elle promeut est, comme pour Friedman, l’"intérêt bien compris" des acteurs, sachant que leur but demeure la maximisation de la valeur financière. Cette description manque ainsi la dimension culturelle des entreprises, où se joue pourtant une large part des questions morales.
Il existe une autre approche, "holiste, fondée sur une éthique de la vertu aristotélicienne, [qui] conduit à concevoir la vie des affaires comme une activité sociale et l’entreprise comme une authentique communauté". La reprise d’une éthique des vertus, à la suite de MacIntyre, conduit à valoriser la tempérance contre la "faiblesse de la volonté", pour maintenir au sein des entreprises l’équilibre des biens internes (l’accomplissement humain dans le travail) et des bien externes (les richesses). "Parce qu’elle cherche avant tout à réaliser des biens externes et qu’elle distribue de tels biens à ses membres sous la forme de récompenses, toute institution exerce un pouvoir corrupteur. […] C’est la fonction des vertus de contenir cet effet corrupteur, mais elles doivent aussi contribuer au maintien des institutions."
Cette voie montre bien la difficulté de faire vivre une authentique éthique des affaires face au postulat libéral selon lequel la "recherche du profit" n’est pas un vice appelé cupidité mais la vertu motrice de l’économie![]()
1 commentaire
Pernette
le site "pernethique.ch" Une ébauche d'éthique universelle construite sur les symétries et leurs brisures à l'intention des institutions internationales. Bien amicalement. JJ Pernet