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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

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Lévi-Strauss et la musique : une étonnante rencontre
[mardi 20 janvier 2009 - 10:00]
Musiques
Couverture ouvrage
Lévi-Strauss musicien. Essai sur la tentation homologique.
Jean-Jacques Nattiez
Éditeur : Actes Sud
241 pages / 21,85 € sur
Résumé : Une étude originale et aboutie qui rend à la pensée de Lévi-Strauss toute sa musicalité. Musicologues comme anthropologues y trouveront un intérêt.
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Alors que Lévi-Strauss vient d’entrer, l’année même de son centenaire, dans la bibliothèque de la Pléiade, Jean-Jacques Nattiez a su trouver, pour parler de lui, un ton élégant et personnel qui évite deux écueils : le panégyrique posthume prématuré ou le meurtre sans pitié du père structuraliste. Connu en France pour ses écrits strictement musicologiques, Nattiez nous livre avec bonheur une réflexion pénétrante et documentée sur les présupposés de la pensée lévi-straussienne, adoptant comme point de départ la fascination que le père de l’anthropologie structuraliste nourrissait pour la musique. C’est dire que cet ouvrage, prenant sa source dans une problématique musicale, dépasse finalement les frontières de la  musicologie pure pour rejoindre le vaste champ de l’histoire des idées.

 

Le parti pris de Nattiez

"Je crois que, en définitive, j’ai écrit ce livre pour tenter de m’expliquer mon admiration, voire davantage, pour un chercheur avec lequel je suis rarement d’accord." : cette phrase en forme de confidence – la dernière du Lévi-Strauss musicien de Jean-Jacques Nattiez – est le condensé parfait de la démarche adoptée par ce livre. Volontiers fasciné par Lévi-Strauss mais aussi souvent critique à son égard, le musicologue adopte dans son essai un ton que ne renierait probablement pas Montaigne : assez précis pour être rigoureux et assez libre pour être amusant. La forme générale du livre (une vingtaine de chapitres, tous de longueur très inégale) permet d’aborder comme au fil de la pensée les principales questions posées par la conception lévi-straussienne de la musique.

Celle-ci, il ne faut pas s’y tromper, ne porte pas du tout sur les musiques dites "ethniques" (c’est-à-dire sur les musiques extra-européennes de tradition orale), mais seulement sur la musique savante occidentale. Ce qui fait que Lévi-Strauss s’intéresse à la musique, ce n’est pas son métier d’anthropologue de terrain, mais son ambition théorique d’intellectuel voulant résoudre les rapports entre langage, mythe et musique : le penseur prend donc son bien là où il le trouve, à savoir dans sa culture musicale personnelle, approfondie mais limitée à la seule musique "classique". Les figures tutélaires de Lévi-Strauss seront ainsi Bach, Beethoven, Wagner, Ravel ou Stravinsky, et non point les musiciens d’Amérique du Sud. En outre, même si cet aspect est largement méconnu, la musique occupe une place tout à fait centrale dans la pensée de l’anthropologue : celui-ci affirme voir en elle "le suprême mystère des sciences de l’homme, celui contre lequel elles butent et qui garde la clé de leur progrès" (Lévi-Strauss, Le Cru et le cuit). On ne s’étonnera donc pas que Nattiez trouve dans ce fil directeur musical de quoi explorer en profondeur de nombreux aspects de la pensée de Lévi-Strauss, déclinant tour à tour trois thèses à son endroit.

Titre du livre : Lévi-Strauss musicien. Essai sur la tentation homologique.
Auteur : Jean-Jacques Nattiez
Éditeur : Actes Sud
Date de publication : 06/10/08
N° ISBN : 2742778969
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