On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Face au nouveau péril collectif et imminent que constitue le réchauffement climatique, le nucléaire est la seule énergie qui pourra nous permettre de conserver nos niveaux de vie ; les énergies renouvelables pouvant au mieux fournir un appoint mais certainement pas se poser en solution globale. C’est la thèse que soutient Anne Lauvergeon, présidente du directoire d’Areva, dans un ouvrage convaincant et pédagogique : un lexique et des "tableaux de bord de la troisième révolution énergétique" sont disponibles en fin de volume, même si, critique mineure, la plupart des diagrammes sont illisibles. L’argumentation est claire, et le lecteur le plus réticent est obligé de se rendre aux raisons d’ "Atomic Anne", qui s’appuie sur de nombreux rapports connus et reconnus pour étayer son propos.
Des arguments anti-nucléaires réfutés
La plupart des arguments anti-nucléaires sont ainsi balayés : Tchernobyl ? Une catastrophe soviétique plus que nucléaire, due aux "erreurs humaines et [à] la déliquescence de la culture de sûreté résultant de l’ambiance particulière de la fin de l’ère soviétique". Le risque d’un conflit planétaire découlant de la possibilité de passer du nucléaire civil au nucléaire militaire ? C’est l’inverse ! "Si prolifération il y a eu, c’est bien dans l’autre sens, du militaire vers le civil ! " : le développement du nucléaire civil n’a pas augmenté significativement le nombre de pays détenteurs de l’arme nucléaire, et au contraire, plusieurs pays (Brésil, Argentine, Lybie) ont mis fin aux programmes d’armement nucléaire qu’ils avaient lancé, puisqu’il faut ratifier le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et accepter les contrôles de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) pour pouvoir bénéficier du transfert de technologie permettant l’exploitation de l’énergie nucléaire. D’autre part l’énergie nucléaire offre une alternative crédible aux hydrocarbures qui constituent "l’une des principales sources d’insécurité dans le monde".
Un doute subsiste toutefois quant à la question du coût global de l’énergie nucléaire, dont il est répété à longueur de page qu’elle est la plus rentable au regard du prix des hydrocarbures. Ainsi la question du démantèlement des centrales est évacuée en un paragraphe qui précise que chez Areva, 5 milliards d’euros sont provisionnés pour faire face aux futurs démantèlements. Ce chiffre, s’il témoigne d’une volonté accrue de transparence, est loin de rassurer le lecteur quand on sait qu’on estime à 5,6 milliards d’euros le coût du démantèlement de la seule usine d’extraction de plutonium de Marcoule !
Nucléaire contre énergies renouvelables
Quant aux énergies renouvelables, si leurs mérites face au vilain CO sont bien soulignés, on a la désagréable sensation qu’elles ne sont pas regardées à travers le même prisme d’optimisme que l’énergie nucléaire. Ainsi sur l’énergie solaire par exemple, il est écrit qu’ "en l’état actuel des technologies, l’importance des surfaces nécessaires à l’implantation des installations constitue de fait, une limitation au développement de cette source d’énergie" et que s’il est "probable que des progrès seront réalisés", l’échéance est difficile à estimer. C’est un constat qui pourrait passer pour objectif, neutre, s’il ne contrastait pas avec un enthousiasme contagieux pour les progrès qui vont être réalisés dans l’énergie nucléaire : "La poursuite des travaux de recherche et de développement sur la séparation et la transmutation des éléments à vie longue [permettra] de réduire de manière importante la durée de dangerosité des déchets nucléaires en les incinérant dans les réacteurs de future génération." Prototype prévu pour 2020… Quant au dernier chapitre, intitulé "les technologies du futur" il se conclut tout simplement par "si tout va bien, les premiers réacteurs à fusion nucléaire pourraient atteindre le stade industriel dans la seconde moitié du siècle."
3 commentaires
WhilelM
Comment l'Inde peut-elle alors bénéficier des technologies américaines et françaises en matière de nucléaire (avec les contrats mirobolants qui vont avec pour Areva) bien qu'elle n'ai pas ratifié ni même signé le traité de non-prolifération !?!
http://fr.wikipedia.org/wiki/Trait%C3%A9_sur_la_non-prolif%C3%A9ration_des_armes_nucl%C3%A9aires#Pays_non_signataires_ayant_d.C3.A9velopp.C3.A9_l.27arme_nucl.C3.A9aire.2C_dits_.C2.AB_du_seuil_.C2.BB
Bôôh
Mme Lauvergeon parle-t-elle des camions citernes de soude nécessaires au nettoyage des réacteurs, des pollutions engendrées par la production des "yellow cakes" ou des quantités faramineuses d'eau nécessaires au bon fonctionnement des centrales ? On manque de plus en plus d'accès à l'eau dans de nombreux pays, comment peut-on alors envisager dans ce cas une généralisation du nucléaire ? La première source d'énergie disponible aujourd'hui et dans un futur proche, vient de nous même : les économies. En parle-t-elle ?
Par ailleurs, les quantités physiques d'uranium sont très inférieures à celles d'hydrocarbures pour produire une même quantité d'énergie. Il est dès-lors plus facile de voler celui-ci (forte valeur économique dès de petites quantités).
Mme Lauvergeon ne parle probablement pas non-plus des difficultés d'approvisionnement, croissantes avec une éventuelle croissance mondiale de la consommation; qui pour l'instant est extrêmement faible compte-tenu du fait que peu de pays son doté de génération électrique nucléaire (le problème de l'énergie est globale, on ne peut pas se limiter à la question française). Les principaux producteurs d'uranium 235 sont le Canada, l'Australie, la Russie, le Kazakhstan, le Niger et la Namibie. Une mappemonde montrerait à Mme Lauvergeon que ces pays sont lointains (donc transports importants), et entourés d'autres Etats prêts à de nombreux efforts pour obtenir leurs faveurs (voyons l'intérêt récent de la Chine pour le Niger, notre fournisseur historique).
Mme Lauvergeon a-t-elle souligné la question de la souplesse, inexistante en production nucléaire ? Le fait que l'été, lorsque les cours d'eau sont faibles, certains réacteurs doivent être arrêtés (dans notre région tempérée du globe !) faute de refroidissement suffisant, et que les autres sont responsables d'affaiblissement de la faune et la flore aquatique en perturbant gravement les conditions de température du milieu (la truite n'aime pas l'eau tiède, par exemple).
Bref, les motifs légitimes de douter de la validité de l'option nucléaire hégémonique sont nombreux, je ne pourrai les citer tous. Dans certains cas, et dans le cadre d'une consommation énergétique raisonnable (très inférieure à la moyenne actuelle), une part de nucléaire fait très probablement partie de la solution, mais prétendre comme le fait Mme Lauvergeon que c'est la panacée pour l'ensemble de la planète est une mensonge honteux
christophe
Le saviez vous ? En autriche, suite à un référendum, l'interdiction du nucléaire est inscrit dans la constitution