Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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CNL
L'intrusion de Gaïa
[mercredi 14 janvier 2009 - 05:00]
Environnement et développement durable
Couverture ouvrage
Au temps des catastrophes. Résister à la barbarie qui vient.
Isabelle Stengers
Éditeur : Les Empêcheurs de penser en rond
205 pages / 12,35 € sur
Résumé : Un appel à la résistance par la prise de conscience de chacun aussi bien dans le domaine économique que dans le domaine de l'écologie.
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"Ce à quoi nous avons à créer réponse", écrit Stengers, "est l’intrusion de Gaïa" . Que faut-il entendre par là ? Pourquoi solliciter ce nom dont l’or s’est quelque peu terni entre les mains des élucubrateurs du New Age ? Nommer Gaïa, prévient l’auteure, est plus qu’un simple acte de baptême, c’est une opération pragmatique "qui confère à ce qui est nommé le pouvoir de nous faire sentir et penser sur le mode qu’appelle le nom" . A ses yeux, le bénéfice à espérer du choix d’une telle appellation est double. Le nom de Gaïa rappelle que la théorie qui lui est liée, que James Lovelock et Lynn Margulis ont avancée au début des années 1970 pour désigner le système autorégulé que formeraient ensemble la vie et la terre, a une origine scientifique. Par là, il s’agit de faire entendre qu’il faut "résister à la tentation d’une opposition brutale entre les sciences et les savoirs réputés ‘non scientifiques’", parce que leur "couplage sera nécessaire si nous devons apprendre à répondre à ce qui a déjà commencé" .
 
Mais l’intérêt du nom de Gaïa est qu’il réussit comme nul autre à communiquer le sens d’une transcendance, celle d’un "agencement chatouilleux de forces indifférentes à nos raisons et à nos projets" , dont nous avons besoin pour lutter contre cette autre forme de transcendance que menacent de devenir les bien nommées "lois du marché" s’imposant quels que soient nos projets et espoirs futiles. L’intrusion de Gaïa a l’incomparable mérite de ramener le mode de transcendance du capitalisme aux conditions réelles de son fonctionnement en révélant qu’en lieu et place d’un système prétendument autorégulé et automatique dont la logique échappe au politique, nous avons affaire à une entreprise qui repose sur tout un appareillage gigantesque de lois, de règlements, de contraintes, d’institutions toujours en mutation. Loin d’être implacable, la logique de fonctionnement capitaliste est seulement "radicalement irresponsable", incapable de "faire autrement que d’identifier l’intrusion de Gaïa avec l’apparition d’un nouveau champ d’opportunités" .
 
On l’aura compris, se fier au capitalisme qui se présente aujourd’hui comme soucieux de préservation et de durabilité serait commettre la même erreur que la grenouille de la fable qui accepta de porter un scorpion sur son dos pour lui faire traverser une rivière. S’il la piquait, ne se noieraient-ils pas tous les deux ? Il la piqua pourtant en plein milieu de la rivière. En son dernier souffle la grenouille murmura : "Pourquoi ?" À quoi le scorpion, juste avant de couler, répondit : "C’est dans ma nature, je n’ai pu faire autrement." Et Isabelle Stengers de  conclure : "C’est dans la nature du capitalisme que d’exploiter les opportunités, il ne peut faire autrement." .

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5 commentaires

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Hicham-Stéphane Afeissa

20/03/09 08:12
Diantre! Quelle avalanche de commentaires! C'est trop d'honneur!
Je réponds un peu dans le désordre, si vous le voulez bien.
Oui, bien sûr Isabelle Stengers parle d'Internet comme d'un instrument de lutte dont le potentiel attend d'être exploité, mais elle fait plus qu'en parler : elle s'en sert déjà comme tel (je songe notamment à la diffusion et à la traduction des textes de Starhawk).
Le choix de parler des intermittents est-il incongru? Il faut ne pas avoir lu de bien près le livre pour le penser. Le combat des intermittents est extrêmement symptomatique et peut servir de révélateur des enjeux qui animent d'autres combats. J'avoue avoir hésité sur ce point, car l'auteure ne parle pas des intermittents dans le livre - aussi n'ai-je pas hésité à l'interroger, et celle-ci a eu la gentillesse de me faire savoir qu'elle jugeait ce choix de présentation pertinent. Voilà qui répond, n'est-ce pas, à la remarque selon laquelle le compte-rendu exprimerait une opinion personnelle. Faut-il s'excuser de proposer, dans le cadre de son compte rendu, une interprétation d'un livre dont on a choisi de parler précisément parce qu'il nous a donné à penser?
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Salade

09/03/09 16:22
le Bouquin est OK.

On ne parle pas vraiment d'internet.
Pourtant lieu "commun" de lutte et d'alliages subtils...et complémentaires

Que pense I Stengers d'internet? Des blogs?
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Luc

19/01/09 22:03
C'est vrai que cette présentation du livre de Stengers est surprenante ; dans son livre on ne parle pas des intermittents ! Elle aurait peut-être pu les prendre comme exemples mais cela n'a pas été son choix. Toute sa démarche consiste à montrer que l'on est pris entre deux "transcendances" de nature différentes : celle de Gaïa, la terre, au travers de la crise écologique liée au réchauffement de la planète, et celle du capitalisme qui nous rend idiot et incapable de résoudre cette crise. La thèse est complètement nouvelle et passionnera autant les écologistes radicaux que les militants anticapitalistes.
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loyseau

18/01/09 13:12
J'ai peine à croire que le discours très politiquement correct en faveur des intermittents, qui occupe la première moitié de ce compte rendu, soit vraiment un résumé de la pensée de Stengers, qu'on a connue autrement plus originale. "Nonfiction.fr" doit-il servir de porte-voix aux opinions "personnelles" des contributeurs, surtout lorsqu'elles traînent déjà un peu partout? Je n'ai pas le sentiment d'avoir compris quoi que ce soit à l'argumentation de Stengers (sinon que le capitalisme est très méchant: est-ce vraiment à cela que se réduit le livre?), et j'ai perdu mon temps.
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atelierdupoete

17/01/09 05:55
Oui, réintroduire Gaïa, sans en faire un dogme et organiser les prises de conscience nécessaire à la construction d\'un autre monde. En bref, agir. Mais qui pourra soulever la chappe de plomb médiatique qui empêche le bruit de nos recherches d\'arriver aux oreilles de tout un chacun?

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