On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

C'est une légende de la politique italienne. Plus de 60 ans de carrière, sept fois président du Conseil italien, ministre à vingt-et-une reprises, député de 1946 à 1991, date à laquelle il a été nommé sénateur à vie : Giulio Andreotti mérite bien son surnom d'"inoxydable".
Avant Andreotti. La vita di un uomo politico, la storia di un'epoca ("Andreotti. La vie d'un homme politique, l'histoire d'une époque"), le journaliste du Corriere della Sera Massimo Franco avait déjà écrit une biographie sur l'homme politique italien. Andreotti visto da vicino ("Andreotti vu de près", 1989) a même servi de base à l'écriture d'Il divo, le film de Paolo Sorrentino (sortie prévue le 31 décembre 2008 en France). Une œuvre pourtant durement critiquée par Massimo Franco qui y voit un film à charge contre Andreotti. Tout au long de son dernier ouvrage, le journaliste se montre pour sa part particulièrement magnanime envers l'ex-président du Conseil. Le fait d'articuler cette biographie autour de papiers personnels qu'Andreotti a récemment choisi de mettre à la disposition des chercheurs aura peut-être provoqué cette complaisance malvenue.
"Collaboration" avec le Vatican
Massimo Franco parvient néanmoins à faire ressentir l'extraordinaire destin de cet homme aux multiples facettes. Le portrait de l'Andreotti "homme du Vatican" est à ce propos particulièrement intéressant. Le journaliste montre parfaitement comment l'action et l'attitude de celui qui a connu sept papes s'inspirent presque souvent de sa foi catholique. Andreotti est un "cardinal placé à l'extérieur" de la curie , déclare le journaliste. Une affirmation à nuancer puisque Massimo Franco évoque lui-même les tensions qui ont pu exister, notamment au cours des années 70 quand Andreotti mène sa politique en concertation avec le Parti communiste. Reste que cet homme profondément religieux, "dont personne n'aurait été étonné s'il était devenu prêtre" , fait la plupart du temps la politique – conservatrice – souhaitée par le Saint-Siège. Une "collaboration" qui a commencé sous le régime fasciste, quand Andreotti rejoint la Fédération universitaire catholique italienne. Il en devient même le président de 1942 à 1944, succédant à l'un de ses futurs adversaires au sein de la Démocratie chrétienne, Aldo Moro. Il agit alors comme modérateur, freinant les aspirations révolutionnaires d'une partie des jeunes catholiques, le tout sous le regard bienveillant du controversé Pie XII. Près de 50 ans plus tard, l'entente entre Andreotti et le Vatican ira même jusqu'au soutien public de Jean-Paul II à l'homme politique rattrapé alors par la justice.
Andreotti, le "tueur"
Préférant néanmoins la politique à une carrière sacerdotale, Andreotti adhère, dès la fin du conflit mondial, à la Démocratie chrétienne. C'est là qu'il se lie d'amitié avec le plus grand homme d'État italien d'après-guerre, un des pères de l'Europe, Alcide De Gasperi. 1947 est à ce niveau une année charnière dans la carrière du jeune homme politique qui devient, à 28 ans seulement, sous-secrétaire à la présidence du Conseil des ministres, soit le bras droit de De Gasperi, poste de pouvoir qu'il occupe jusqu'au retrait de son mentor en 1954. Cette nomination lance sa carrière nationale… tout comme sa réputation d'homme discret, cynique, voire dangereux. Ce nouveau type d'animal au sang froid réussit, à peine arrivé, à se faire détester par une grande partie de la Démocratie chrétienne qui abhorre ses manières et son ascension vertigineuse. Pour beaucoup, la fin de l'ère De Gasperi doit également sonner la mort politique d'Andreotti. Comme souvent, l'homme se retrouve alors isolé. Comme toujours, il s'en sort.
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