On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’Amérique vient d’élire un président noir, une véritable révolution qui conclue le mouvement des droits civiques initié dans les années 60. La communauté noire s’est depuis fait une place dans la société américaine, mais les Latinos, eux, doivent encore rester dans l’ombre. Leur nombre grandit et ils dépasseront demain les Afro-Américains pour devenir la première minorité des États-Unis. C’est donc une nouvelle révolution des mœurs qui s’annonce pour cette société qui a porté un métis à la présidence. États-Unis, la métamorphose hispanique (Éditions du Cerf) nous emmène à la découverte de cette minorité qui sera un acteur central des prochains débats de société : les Latinos.
Le rêve américain a permis d’assimiler des vagues successives de néo-Américains aux origines très diverses. Mais les Hispaniques arrivent en nombre et ne sont pas vraiment des hommes "neufs" lorsqu’ils débarquent sur le sol américain, dont une partie du territoire a été mexicaine. Le continent américain a longtemps été le leur, et comme le montrent très justement les témoignages recueillis dans cet ouvrage, les Latinos ne délaissent pas toutes leurs valeurs en s’installant aux États-Unis. Ainsi, alors que le mythe américain présente l’individualisme comme une opportunité, les Hispaniques y voient une menace.
La "résurgence latino" au cœur de la société américaine
Cette immigration massive pourrait modifier la tradition et la culture américaines, une évolution qui inquiète par exemple Samuel Huntington. Dans un article , ce dernier n’avait pas hésité à qualifier les Latinos de nouvelle cinquième colonne menaçant la nation. Cette crainte pour l’identité américaine est d’ailleurs le moteur du travail de Laurence Monroe, qui insiste sur une "résurgence latino", perceptible à travers une religiosité affirmée et un sens aigu de la communauté.
Laurence Monroe propose donc une plongée dans cette nouvelle culture latino, mais à travers un prisme bien particulier : le catholicisme. Une orientation religieuse qui constitue le principal trait commun de tous ces migrants. Laurence Monroe choisit donc de décortiquer la nouvelle influence de cette immigration sur l’Église catholique américaine, et c’ un détail qui n’est pas anodin, puisque le livre se concentre presque exclusivement sur cette question.
Malgré son titre, États-Unis, la métamorphose hispanique n’aborde pas toutes les facettes de la communauté latino. La révolution linguistique en cours, la vie clandestine des migrants, leur poids économique dans l’économie américaine, la culture des gangs chez les jeunes… Autant de problématiques qui ne sont abordées qu’à la marge, car l’ouvrage permet surtout de partir à la rencontre des chrétiens hispaniques. Le lecteur dénué de toute culture religieuse ou privé de catéchisme durant sa jeunesse risque de le regretter et ne prendra d’ailleurs qu’un plaisir limité à la lecture de cet ouvrage.
"Une bonne nouvelle pour l’Amérique et le monde"…et l’Église catholique.
La Vierge de Guadalupe, première apparition de la vierge Marie à un indigène en 1531, est devenu la bannière des catholiques hispanique, une madone à la peau brune. Et désormais, c’est cette version métissée de la vierge qui remporte un succès grandissant au sein de l’Église catholique. Les rapports de plus ou moins bon voisinage entre ces deux branches du catholicisme sont analysés avec minutie par Laurence Monroe, qui a longtemps œuvré au service religion du journal La Croix et revendique un regard chrétien et engagé sur la société américaine.
1 commentaire
OG
Les Latinos avaient donc déjà une place dans la société américaine, peut-être plus grande et moins minoritaire que celle des Afro-Américains.