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Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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"Le rôle principal de la torture est d’augmenter l’insécurité." Trois questions à Darius Rejali, auteur de Torture et Démocratie
[vendredi 19 décembre 2008 - 11:00]
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Torture and Democracy (Princeton University Press, 2007) de Darius Rejali est sans doute la somme la plus complète sur l’histoire des techniques modernes de torture qu’il nous soit donné de lire. S’inscrivant avec force dans le débat américain sur les usages de la torture dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, ce livre montre que la torture n’est pas accidentelle dans les régimes démocratiques. Au contraire, on peut y tracer une généalogie de techniques spécifiques qui, laissant un minimum de marques visibles, sont adaptées au contexte de la vigilance citoyenne (public monitoring) caractéristique des régimes démocratiques. Ainsi les techniques utilisant l’eau, des positions contraignantes, mais surtout l’électricité révèlent la capacité d’innovation des démocraties, où ces formes de torture sont apparues et se sont diffusées. Pourtant, le succès de ces innovations repose largement, selon Darius Rejali, sur l’oubli de leur inefficacité à assurer l’ordre ou la sécurité.


nonfiction.fr : Dans Torture and Democracy, vous expliquez que les démocraties n’ont pas aboli la torture mais l’ont plutôt modifiée. Pourquoi selon vous la torture persiste dans les régimes démocratiques ?

Darius Rejali : Il y a l’offre et la demande. Du côté de la demande, la première chose à laquelle on pense c’est la sûreté nationale, mais cela ne rend compte que d’un tiers des cas : les cas de terrorisme ou de menace sur la sécurité de l’État. Il y a en fait d’autres raisons qui expliquent la persistance de la torture dans les régimes démocratiques. Par exemple lorsque le système judiciaire accorde une place prépondérante aux aveux. On observe souvent que lorsque les juges et les jurés attendent des aveux, la police va alors les fournir par n’importe quel moyen. Cela est caractéristique de certains pays, au Japon par exemple où 86 % des affaires sont résolues par des aveux. De toute évidence, dans ce système la torture apparaît pour d’autres raisons que celles de la sûreté nationale.

Un autre mode d’émergence de la torture est l’arrangement local – entre la police et les classes possédantes. La police maintient l’ordre dans la rue, torture et emprisonne les gens sur des aveux forcés, tandis que les classes possédantes détournent les yeux. Cela était très courant à Chicago entre les années 1970 et 1990. On observe la même chose de façon courante à Johannesburg, en Russie, à Mexico. C’est un arrangement local, non pas national.

Enfin, quand les soldats reviennent de guerres à l’étranger, ils rapportent avec eux – si la guerre impliquait des pratiques de torture –  des techniques qui vont se diffuser : typiquement, ils intègrent la police de leur pays, avec leurs méthodes de maintien de l’ordre et le cas échéant des techniques de torture. Un des traits caractéristiques des relations entre torture et démocratie est que si une démocratie est engagée dans une guerre et pratique la torture, dans les vingt années suivantes ces pratiques de torture réapparaissent au sein de l’économie politique domestique du pays.

nonfiction.fr : Vous avez insisté sur l’importance de la confession comme produisant un effet de "demande" pour la torture. En même temps, dans votre livre, vous montrez que la torture n’est pas un moyen efficace pour obtenir des informations fiables. Est-elle alors un outil d’intimidation ?

Darius Rejali : Le rôle principal de la torture est d’augmenter l’insécurité. Ce n’est pas simplement une question d’intimidation. La torture est le plus souvent utilisée pour compromettre l’individu. Imaginez que vous êtes arrêté, et pour éviter la torture, ou parce que vous avez été torturé, vous signez une déclaration avouant un crime impardonnable qui vous jetterait en prison ; et le policier dirait : "il n’est pas nécessaire de faire cela, je vais vous laisser libre, parce que nous savons que vous n’êtes pas méchant, mais de temps en temps je vais venir vous demander des informations".

 

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4 commentaires

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yb

19/04/09 22:40
Sur le message précédent. En effet le livre parle de la question de l'usage de la torture pour obtenir des informations rapidement, et indique que de l'avis de tous les experts des renseignements qui l'ont pratiquée, c'est une méthode bien inefficace, et qui ne permet de sauver des vies que dans les films. Sur la démocratie pressée, je ne suis pas sûre que ce soit la principale caractéristique d'une démocratie; l'état de droit par contre en est une. Enfin, si le livre est une torture, je répondrai que non: c'est un pavé, mais qui se lit vite car il est très bien écrit et fascinant ; le lecteur est parfois dans une situation inconfortable mais il gagne beaucoup à apprendre tant de choses sur une histoire qui le concerne.
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balkis

20/12/08 10:54
Sur les Tasers, un blog bien documenté: http://moreas.blog.lemonde.fr/ (post du 20 décembre appelant à un moratoire sur les tasers)
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night

19/12/08 14:00
question concernant le tazer : un tel équipement en version "spéciale police" fabriqué en métal ( afin de résister aux dégradations volontaires ou involontaires ) qui marquerait son utilisation ( avec un compteur non modifiable dont on contrôlerait administrativement l'évolution ) permettrait une utilisation garantissant les libertés et déchargeant les fonctionnaires de police des soupçons pouvant peser sur eux ?
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Ghislain Hammer

19/12/08 12:41
La torture est un moyen radical pour gagner du temps !!! J'espère que ce livre le stipule. La torture en démocratie est un moyen de pression qui fait rappeler à la victime que la société qui le maltraite est puissante. Dans tous pays démocratiques, la torture est une solution pour aller droit au vote de la parole. Un pays démocratique est un pays pressé, il lui faut aller vite, dans tous les domaines, mêmes celui de la torture. Ecrire un livre sur ce sujet est une véritable torture pour le lecteur. Je ne suis pas convaincu de son apport !

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