On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

On trouve souvent en librairie des ouvrages d’experts qui interpellent le lecteur sur l’état catastrophique du monde, mais qui n’apportent pas de réponses concrètes pour y remédier. Qu’ils évoquent l’économie et les finances, la politique et les relations internationales ou encore le climat et l’environnement, les auteurs sont souvent plus enclins à pécher dans la déploration et la dénonciation qu’à produire une méthodologie pour réagir et à la portée du lecteur lui-même.
Le dernier ouvrage de Pierre Rabhi, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme (Actes Sud), ignore ces lacunes et innove par le biais d’un manifeste écologiste, humaniste et avant tout politique. Penseur et écrivain français, Pierre Rabhi s’illustre par une clarté du propos, une richesse de la langue et une synthèse argumentée des combats qu’il mène depuis plus de quarante ans . Fils de la terre, plus précisément d’une oasis du sud de l’Algérie dont il est natif, formé au métier de la paysannerie, l’homme s’est forgé une pratique alternative de l’agriculture, qui va à contrecourant du productivisme subventionné qui domine et régit le secteur agricole mondial.
Pré-candidat à l’élection présidentielle de 2002 – à l’image de son ami Nicolas Hulot qui préface son ouvrage – Pierre Rabhi est également un militant engagé pour une cause qu’on peut qualifier d’altermondialiste. Imprégné de spiritualité et d’une double culture, il tente aussi de redéfinir à son sens l’humanisme, d’où l’intitulé de son manifeste. Celui-ci se décompose en deux parties, l’une consacrée à la Terre, l’autre à l’Humanisme, l’ensemble comprenant un foisonnement de références historiques, scientifiques, religieuses, politiques.
La responsabilité de "l’Occident"
L’un des principaux thèmes de l’ouvrage de Pierre Rabhi est l’agriculture ; mais à travers elle, c’est aussi le souci de sauvegarder la terre. En effet, l’agriculture que perçoit Pierre Rabhi n’est pas le secteur destiné à produire plus pour gagner plus de parts de marché et d’argent, mais la pratique de la terre qui permet d’alimenter l’ensemble de l’humanité. "Il n’est pas irréaliste de dire qu’avec un grain de blé, on peut nourrir l’humanité", affirme-t-il .
Mais ce dernier fait également un constat amer et alarmiste : le grain de blé millénaire a été perverti par les mécanismes de "l’agriculture moderne", elle-même stimulée par l’économie et l’industrie. Le paysan laisse place alors au militant. Premier défenseur de l’agriculture biologique, Pierre Rabhi s’en prend ainsi vertement à "l’Occident", responsable de la Révolution Industrielle, du capitalisme financier et de cette agriculture productiviste, qui paradoxalement affame plus qu’elle ne nourrit . La perception ainsi admise par tous que l’industrialisation a été une étape progressiste pour l’humanité n’est pas la sienne : l’humus devient engrais, la nourriture devient la "bouffe", on ne mange plus mais on "avale", etc. La philosophie de Pierre Rabhi est véritablement incompatible avec l’actuel système consumériste. Mais au lieu de baisser les bras, il choisit de le combattre.
"Cultiver son jardin", un acte politique
De par ses connaissances agricoles et son expérience vécue auprès des paysans sahéliens , Pierre Rabhi propose une insurrection des consciences, celles des lecteurs, car il ne croit pas les hommes politiques capables de réagir, encore moins de vouloir changer le système économique actuel, coupable des absurdités de l’agriculture moderne. Néanmoins, il regrette que le silence des électeurs face à des enjeux agricoles et plus largement sanitaires – comme le débat sur les organismes génétiquement modifiés (OGM) – soit comparable à une "dangereuse somnolence" .
1 commentaire
joseph
Oui aucun politique ne le suivra
Oui nous allons dans le mur.
Cet auteur un être rare.