On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Une réflexion sur le commerce atlantique franco-espagnol à travers ses acteurs et ses institutions est à l’origine de cette série de contributions. Rassemblant Français et Espagnols, chercheurs confirmés et doctorants, elle approfondit par des interrogations nouvelles et des rapprochements judicieux la compréhension de certains phénomènes économiques et commerciaux de l’époque moderne. L’historiographie des Annales a laissé un héritage immense dans ce domaine, il est ici utilement repris pour être développé. L’intérêt de cet ouvrage réside principalement dans la méthode et les sources utilisées.
Questions de méthode
Les questions et les problématiques superposent l’histoire économique et l’histoire sociale pour mieux faire apparaître les relations entre ces deux champs historiques par trop souvent étanches. À cela il faut ajouter également une tentative de croiser cette approche avec ce que l’on qualifie d’histoire politique, c'est-à-dire ici les relations internationales. Le premier de ces croisements consiste à rapprocher ce que l’on sait des tendances d’ordre macro-économiques (quantifications et qualifications globales des échanges) de données sociales comme l’intégration des marchands dans une société étrangère, leurs liens entre eux par le biais des mariages ou des associations professionnelles.
Le deuxième intérêt de cet ouvrage tient aux sources documentaires utilisées. Cela semble aller de soi pour tout travail à prétention historique mais c’est encore plus vrai lorsque l’utilisation faite de ces dernières apparaît pertinent. Ainsi, en est-il des sources que l’on qualifie de consulaires. Les consuls de l’Ancien Régime ont parfois laissé de nombreuses archives que l’on peut aujourd’hui consulter aux Archives nationales, pour les plus connues, ou aux Archives diplomatiques de Nantes. Ces dernières sont de plus en plus mises à profit et pas seulement comme sources secondaires venant étayer une analyse forgée principalement sur d’autres documents, mais comme principal support d’une réflexion sur l’activité d’une colonie de marchands installée à l’étranger .
D’une domination à l’autre
Une fois établies ces remarques de méthode, il faut en venir au cœur du sujet, à savoir le commerce atlantique dans le cadre des relations entre la France et l’Espagne à l’époque moderne. L’idée principale consiste à voir dans les relations commerciales un renversement des rapports de forces entre le XVe et le XVIIIe siècle. Il s’articule en trois temps.
Le premier est celui d’une domination castillane dans les échanges commerciaux jusqu’au 2ème tiers du XVIe siècle. Cette domination aurait été ensuite perturbée ou déstabilisée entre 1570 et environ 1670. Cette période fut celle de la Révolte des Pays-Bas puis de la guerre de Trente ans si coûteuses pour la puissance espagnole. Elle fut également celle de la montée en puissance du rôle joué par les colonies américaines, c'est-à-dire du basculement d’un continent européen organisé jusque-là principalement autour de la Méditerranée à un monde centré sur l’Atlantique. Enfin, après cette période de déstabilisation, un nouvel équilibre fut à nouveau atteint mais cette fois-ci marqué par une domination grandissante des marchands français dans les échanges entre la France et l’Espagne. Ainsi, une domination a succédé à une autre et ne trouva sa remise en cause qu’à partir de la Révolution française et surtout de l’Empire et de l’occupation de l’Espagne jusqu’en 1808.
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