On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

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Georges Canguilhem écrivait : "La philosophie est une réflexion pour qui toute matière étrangère est bonne, et nous dirions volontiers pour qui toute bonne matière doit être étrangère." Ce recueil d’articles, supposant que "la philosophie et les neurosciences peuvent tirer profit d’une rencontre" , porte sur les deux formes de rapports possibles entre philosophie et neurosciences. La première forme, classique, est celle d’une "philosophie des neurosciences" entendue comme philosophie d’une science particulière. La seconde, appelée ici "neurophilosophie", consiste à utiliser les connaissances accumulées par les neurosciences pour aborder sous un nouveau jour les questions traditionnelles de la philosophie.
Philosophie des neurosciences
La première partie est ainsi consacrée à l’épistémologie des neurosciences : les méthodes qu’elles utilisent, le type d’explication qu’elles fournissent ou encore leurs rapports avec les autres sciences. Il peut être utile de définir plus précisément ce que l’on entend ici par neurosciences. Les neurosciences traitent, bien sûr, du cerveau, mais elles le font à divers niveaux : la neurobiologie moléculaire s’intéresse aux molécules qui assurent le fonctionnement des neurones, la neurobiologie cellulaire étudie les diverses propriétés et fonctions des dits neurones, les neurosciences intégrées traitent de leurs interactions et les neurosciences cognitives portent sur le niveau supérieur de cette hiérarchie et le rôle des diverses structures cérébrales "dans la production du comportement, le traitement de l’information et la production de la cognition humaine" .
C’est à ce dernier stade, d’ailleurs que se posent de multiples problèmes, lorsque l’étude d’un organe (le cerveau) se lie à celle de l’esprit humain. Quel doit être le rapport entre neurosciences (et particulièrement neurosciences cognitives) et sciences cognitives ? Les neurosciences doivent-elles, à plus ou moins long terme, remplacer les sciences cognitives ? Ou alors les sciences cognitives sont-elles destinées à rester indépendantes des découvertes en neurosciences ? Cette question occupe, directement ou non, une grande partie des articles de cette première partie.
Les deux premiers articles abordent la question en partant de la spécificité de l’explication en neurosciences. S’ils s’accordent pour dire que les neurosciences s’écartent du modèle nomologique de la physique classique pour fournir des explications de type mécaniste, les leçons qu’ils en tirent divergent. Antti Revonsuo considère que l’explication mécaniste en neurosciences consiste à expliquer le fonctionnement d’un organe par les propriétés de ses composantes. Or, les sciences cognitives considèrent, selon Revuonso, qu’elles ont expliqué un phénomène quand elles ont donné sa fonction au sein d’un ensemble. La fonction serait donc la composante ultime de l’explication en sciences cognitives, tandis que les neurosciences auraient pour vocation d’expliquer en décomposant les structures censées correspondre à ces fonctions. Sciences cognitives et neurosciences seraient ainsi incompatibles. Carl Craver soutient lui qu’une explication mécaniste intègre nécessairement une explication en termes de fonctions qui fait référence aux niveaux supérieurs d’organisation : ces explications "contextuelles" sont nécessaires par exemple, quand on décrit le rôle joué au sein d’une synapse par telle ou telle molécule. Tenter d’expliquer le rôle de cette molécule par sa seule constitution interne serait ridicule.
2 commentaires
La rédaction
Merci pour votre vigilance. Cette malencontreuse coquille est désormais rectifiée.
Jérôme