On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Élargissement à douze nouveaux membres, traité constitutionnel, projet d’Union méditerranéenne : depuis 2004, la dynamique européenne s’accélère. À travers deux atlas, trois ardents défenseurs de l’idée européenne, nous invitent à comprendre les enjeux de ce processus, inédit à l’échelle mondiale. Dans L’Europe, cartes sur table, l’actuel ministre français de l’agriculture et de la pêche, Michel Barnier, s’appuie sur son expérience européenne pour justifier l’idée d’Europe. Pure coïncidence, c’est l’autre commissaire européen français de la période 1999-2004, Pascal Lamy, qui préface l’édition revue et augmentée de l’Atlas d’une nouvelle Europe signé par Pierre Beckouche et Yann Richard, tous deux géographes à l’université Paris-I Panthéon-Sorbonne.
Deux approches complémentaires
C’est avant tout à une réflexion sur l’identité de l’Europe, sur ses valeurs que nous invitent ces deux atlas. Sans nier les difficultés à trouver des dénominateurs communs dans une Europe plurielle, les auteurs s’attachent à montrer les bénéfices d’une telle construction en se livrant à un panorama très complet des enjeux actuels.
Le propos de Pierre Beckouche et Yann Richard se veut très démonstratif. Ils placent au centre de leur ouvrage la question du rapport de l’Union Européenne avec ses voisins. Comme dans la précédente édition de l’atlas, la notion d’Euroméditerranée en est le fil directeur. Les cartes qu’ils présentent sont systématiquement à l’échelle d’une Europe élargie au Maghreb et au Machrek, un ensemble territorial qui, selon les auteurs, dépasse le million d’habitants et produit le tiers de la richesse mondiale si l’on y ajoute le monde russe, le Moyen-Orient et la péninsule arabique. L’édition de 2004 se trouve ainsi augmentée de suppléments sur les nouveaux membres de l’UE, la Turquie et les autres pays candidats à l’entrée dans l’Union Européenne. Cette "nouvelle Europe" est considérée ici comme une réalité autant qu’un horizon à atteindre : "les faits sont en avance sur la prise de conscience des intérêts mutuels, des complémentarités et des interactions qui lient déjà l’Europe et ses voisins" . Sans être aussi systématique, cette dimension n’est pas absente de l’atlas signé par Michel Barnier qui pose la question du partenariat avec les pays du sud de la Méditerranée avec une certaine audace : "comment construire l’union avec la Libye ? ". De la même façon, l’épineux problème des rapports avec Moscou est envisagé par le biais de la question ukrainienne et de l’enclave de Kaliningrad (entre Pologne et Lituanie) qui fait l’objet d’une carte particulièrement intéressante . Plus généralement, Michel Barnier n’élude pas les aspects les plus polémiques de la construction européenne. Il ne renonce pas, par exemple, à affronter les critiques à l’encontre de l’euro, la polémique concernant la politique migratoire, le rejet de la Constitution européenne... De même, en pleine crise économique, les cartes sur les paradis fiscaux européens, les délocalisations ou encore le retard de l’UE dans le financement de la recherche prennent un relief tout particulier. Toutefois, le caractère succinct des analyses donne à l’ensemble une tonalité que certains trouveront certainement un peu tiède.
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