On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Le président Sarkozy a présenté, lors de son discours fleuve de Douai, le plan de relance économique qui devrait permettre à la France de répondre à la crise de l'économie réelle accouchée par la crise financière.
La priorité est à l'investissement :
- 10 Md€ pour l'accélération des investissements publics (infrastructures, universités et défense).
- 11 Md€ de mesures de trésorerie pour les entreprises et les collectivités locales (paiements et remboursements anticipés de TVA, du crédit d'impôt recherche, des trop perçus d'impôts sur les sociétés...).
- 4 Md€ de mesures de soutien à la consommation (logement, automobile, emploi, et salariés les plus modestes).
Soit 26 Md€ au total qui devraient apporter 1 point de PIB en plus (même si la ministre de l'économie parle elle de 0.8 point de PIB, et le dossier de presse du gouvernement de 0.6 point de PIB...) claironne le président Sarkozy et l'équipe gouvernementale, tandis que l'opposition se montre pour le moins dubitative quant à l'efficacité d'un tel plan. Alors, véritable plan de relance ou devoir d'optimisme gouvernemental ?
Le think tank Terra Nova penche pour la deuxième option. Avec la publication d'une note intitulée "Les vrais chiffres du plan de relance", Terra Nova corrige l'effet d'annonce et revoit les chiffres réels à la baisse, tout en soulignant l'ampleur limitée de ce plan, comparé à ceux mis en œuvre dans les autres pays. En outre, si ce plan de relance se veut axé sur l'investissement, il fait l'impasse sur la consommation et le pouvoir d'achat, notamment des couches sociales les plus pauvres. Relance par l'offre contre relance par la demande ?
Si le plan de relance a au moins le mérite d'exister, celui-ci se révèle bien moribond, voire cruellement exsangue (0.6 % de PIB) comparé à ceux des États-Unis (5 % de PIB) et du Royaume-Uni (1,5 % de PIB).
En ramenant le chiffrage des mesures à leur hauteur réelle, Terra Nova ne comptabilise plus que 10 Md€ sur les 26 annoncés. En effet, s'agissant d'abord des mesures de trésorerie, le gouvernement n'injecte pas véritablement de l'argent, mais répond au besoin de fonds de roulement des entreprises menacées de crise de liquidité, faute de possibilité de crédits (en raison du credit crunch). Ainsi, l'impulsion réelle n'est que de 1 Md€, somme qui correspond à l'économie des entreprises sur leurs frais de trésorerie (au lieu des 11 Md€ annoncés pour les mesures de trésorerie).
Sur les investissements publics (10 Md€ annoncés), si leur efficacité économique est grande, leurs effets ne sauraient être immédiats. En effet, impossible de construire les lignes de TVG prévues en un an. L'impact économique des mesures d'investissement se fera sur le long terme. Or la crise commande une réponse immédiate.
Enfin, les mesures de soutien à la consommation (4 Md€) apparaissent presque ridicules comparées aux besoins. Juste une illustration : l'administration Bush octroie 1200 $ aux foyers les plus modestes, alors que le plan français ne prévoit que 200 €...
Outre la revue à la baisse de l'ampleur réelle du plan de relance français, Terra Nova critique fermement la stratégie qui sous-tend ce plan. En premier lieu, l'impasse faite sur le pouvoir d'achat. Les mesures du plan concernent avant tout les classes riches, malgré la certitude que la crise touchera en premier lieu et le plus violemment les classes les plus modestes. Le plan présenté par le président Sarkozy ne répond pas au besoin de justice sociale, qui se fera pourtant cruellement sentir en 2009, lorsque la courbe du chômage remontera à une vitesse effrayante.
8 commentaires
ghislain
Nicolas
Et puis, "re-nationaliser les pensées", ça fait cruellement penser aux années 1930...
Ensuite, le relance par la demande correspond à un double impératif : celui de l'immédiateté de la réaction à la crise (immédiateté qui ne peut être obtenue par un plan fondé sur des mesures relatives à l'offre et aux investissements d'infrastructures), et celui de la justice sociale. Si ce deuxième point ne trouve pas de réponse positive, on peut craindre un mécontentement profond des classes populaires et moyennes, qui pourraient alors être massivement tentées par les extrêmes.
Un bon plan de relance doit intégrer ces divers impératifs et les différents temps de la gestion de la crise (gestion à très court terme, à moyen terme et à long terme). La faiblesse du plan français est qu'il serait plutôt à moyen terme. Or une non réponse à impératifs de court terme pourrait accroitre l'effet de la crise et rendre caduc le plan prévu pour la gestion à moyen terme de la crise.
Encore une fois et pour conclure, une véritable politique économique européenne, couplée à la politique monétaire européenne, devient la réponse naturelle, la seule qui soit pertinente.
bucca
Donc, si on table la relance uniquement sur l'aide aux entreprises, pour éviter les fermetures, c'est un premier pas, mais encore faut il que cette production trouve preneur. Or cela passe par 2 biais: l'export ou l'on a des problèmes certains (tailles des PME, force de l'euro, etc...), mais aussi par la consommation intérieure. Et celle ci mériterait surement une aide au pouvoir d'achat pour la majorité pour être relancer.
ghislainhammer
Tant que qu'il n'y aura pas de régulation envers certains pays et surtout la chine, tant qu'on achètera plus français, tant qu'on ne mangera plus français, la crise perdurera et sûrement même qu'elle s'amplifiera.
Dans ma commune de banlieue parisienne, on ne trouve plus que des restaurants chinois, japonais, grecs...Pour que la France se redresse, il faut d'abord que la France et les français réaffirment leur identité.
On peut injecter tout l'or du monde dans la société française, si on se fait voler immédiatement, cela ne sert à rien. Il faut donc que, sans faire quelque discrimination, que l'Etat donne aux entreprises françaises.
Nous vivons une crise économique, mais d'abord une crise identitaire profonde. Il y a eu la mondialisation, et avec elle "une échappée des cerveaux", il faut re-nationaliser les pensées ! Et nous seront plus forts pour combattre une crise mondiale qui est par ailleurs prévue depuis quelques dcennies.
Charles