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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Littérature catholique et politique
[vendredi 05 décembre 2008 - 09:00]
Essais politiques
Couverture ouvrage
L'Argent, Dieu et le diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne.
Jacques Julliard
Éditeur : Flammarion
229 pages / 18,05 € sur
Résumé : Une relecture de Péguy, Bernanos et Claudel qui met en évidence une vision du monde susceptible d'apporter quelques éclairages sur notre époque.
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Dans son dernier ouvrage L’argent, Dieu et le Diable, Jacques Julliard raconte l’histoire, à travers leurs écrits, de trois écrivains catholiques engagés dans le XXe siècle. Par le truchement de la lettre, il s’agit aussi de venir parler de Dieu. Ce n’est pas le sujet qui peut surprendre de la part de l’historien Julliard, qui a déjà écrit sur le syndicalisme, les élites, ou encore la France, c’est plutôt l’originalité dans l’art et la manière. Par sa plume, Jacques Julliard démontre comment ces trois auteurs qui lui parlent de lui peuvent aussi nous parler de nous.


Les trois auteurs

Georges Bernanos a été membre de l’Action française, combattant de la Première Guerre mondiale, résistant pendant la Deuxième Guerre mondiale, exilé au Brésil et est mort à Paris en 1948. Il témoigne dans ses écrits des notions de péchés de l’humanité, de puissance du malin et du secours de la grâce… Il exalte l’esprit de liberté dans une époque dominée par l’industrialisme et la vision prométhéenne.

De Charles Péguy, on pourra retenir qu’il était socialiste et dreyfusard, anticlérical revenu au catholicisme en 1908, mystique et critique de la modernité, mort au combat en 1914. Il déroule une œuvre dans laquelle la recherche de la vérité est plus importante que la fidélité – il refuse la politique des politiciens –, porteuse du sentiment d’un monde désenchanté. Jacques Julliard dit y avoir compris l’incarnation comme mystère chrétien, mais bien plus, comme mystère humain. Pourtant nous dit l’auteur, le Péguy tardif fait preuve d’un profond pessimisme tandis qu’il dit adieu à une politique désertée par le spirituel qui sonne justement comme l’échec de l’incarnation. Il y a ici du tragique, qu’incarne son passage d’une jeunesse internationaliste et socialiste à une vieillesse nationaliste.

Paul Claudel, homme de lettres et diplomate français, mort en 1955, est connu notamment pour sa conversion au catholicisme à la suite d’une illumination près du deuxième pilier de la cathédrale de Notre-Dame de Paris en 1886. Son écriture poétique est intimement liée à ses conceptions religieuses. Il promeut pour sa part une vision symbolique du monde en lien avec un ordre catholique et universel. Il est profondément hostile au communisme, ce qui sera une ligne de constance de son parcours. Il passera d’une jeunesse nationaliste et antisémite à une vieillesse européenne et philosémite. Il a une vision extrêmement écologique de lien entre l’homme et l’animal. L’homme sans l’animal est dédivinisé, déshumanisé, abêti.

L’univers politique de Claudel se répartit entre l’animus et l’anima. L’anima correspond à la politique rêvée, conforme à la vérité des choses – la politique chrétienne, la cité de Dieu de Saint-Augustin – et tente de répondre à la question : "Que faut-il faire ?" L’animus renvoie à la politique profane, tirée des circonstances, la cité des hommes, réponse à la question : "Que peut-on faire ?" Dans la carrière de Claudel, l’animus prend le dessus. À l’opposé de Péguy, Claudel transfigure la politique telle qu’elle est dans la réalité en une forme de mystique tout en refusant de demander à la politique plus qu’elle ne peut en donner : le faire serait tenter l’impossible, voire le diable. Il faut voir dans la posture de Claudel, ambassadeur se concevant aussi sans aucun doute comme un représentant des intérêts commerciaux du pays, une attitude plus optimiste et plus moderne.

Titre du livre : L'Argent, Dieu et le diable. Péguy, Bernanos, Claudel face au monde moderne.
Auteur : Jacques Julliard
Éditeur : Flammarion
Date de publication : 08/09/08
N° ISBN : 2081217902
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