On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Livre-déambulation, livres multiples au sein d’un seul, l’auteur recommande plusieurs types de lecture dont la plus humble et désinvolte est de ne lire que les notes de bas de page (occupant parfois tout l’espace de celle-ci).
Modestie de l’écrivain qui se prétend moins intéressant que ceux dont il parle : anti-Montaigne, Maxime Cohen ne cherche pas à se connaître à travers ses pages, plutôt à laisser voler les idées comme "des oiseaux migrateurs", à partager son érudition, méfiant "à l’égard des pensées affranchies de l’influence des livres".
Ce livre regorge de surprises, de chemins imprévus (souvent pris à contre-sens de la doxa). Il est un itinéraire, une carte qui invite le lecteur à poursuivre le voyage débuté par l’auteur : c’est un livre qui donne envie d’en lire d’autres, d’en relire, de continuer les pérégrinations savantes et jouissives de l’auteur.
En outre, le style de ces "promenades" est précis, élégant et soutenu par un savoir sans l’ombre de pédantisme, toujours gourmand. C’est ce style, qui est aussi un regard sur le monde, un regard sous la lune, qui opère l’unité du livre : un regard exigeant "qui nous délasse en nous instruisant".
Les essais de Maxime Cohen sont un art de lire en même temps que de vivre : ils se feuillettent sans ordre établi, glanant au fil des pages une information piquante, une provocation, une émotion.
Pourquoi un essai ? "De par son caractère sentimental, le roman entretient des liens bizarres et privilégiés avec les temps grammaticaux du passé, dont il est l’abus : l’essai en est le repos." Essai au présent qui navigue dans les eaux du passé, les Promenades de Maxime Cohen contiennent un chapitre "Contre les romans" s’achevant ainsi : "tout le monde en écrit, comme tout le monde écrivait des tragédies en 1780 : les authentiques écrivains doivent tout faire pour s’en abstenir." Péremptoire, orgueilleux ? Le regard de cet écrivain l’est incontestablement, ne manquant pas de faire réagir le lecteur – ce qui est bien la moindre des choses![]()
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