Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Si "les raisons d’écrire un livre sont toujours moins nombreuses que celles qu’on aurait de s’en abstenir", pour la lecture c’est l’inverse : les raisons de lire un livre sont toujours plus nombreuses que celles qu’on avancerait pour s’en abstenir. Tel est le cas pour un livre comme Promenades sous la lune de Maxime Cohen, publié chez Grasset.
Une "conversation universelle"
Tentons une description de l’ouvrage : des chapitres plus ou moins longs, autant d’essais individuels, traitent de thèmes variés, allant de la littérature à l’éloge du potage, en passant par une critique "amusée" de Proust… À travers ces menues dissertations, l’auteur nous fait partager ses goûts, ses préférences, ses inquiétudes…
Le livre de Cohen se présente, selon le mot de Descartes, "comme une conversation avec les plus honnêtes gens des siècles passés". L’auteur convoque par des citations abondantes les auteurs de sa bibliothèque, et c’est une chance d’être conviés à ces entretiens qui commencent par nous mettre l’eau à la bouche : en effet, les premiers chapitres traitent des "livres de gourmandise". À table par exemple, nous retrouvons Saint-Amant ; au menu : melon et fromage de cantal :
Gousset, escafignon, faguenas, cambouis,
Qui formez ce présent que mes yeux resjouis,
Sous l’aveu de mon nez, lorgnent comme un fromage
A qui la puanteur mesme doit rendre hommage,
Que vous avez d’appas ! que vostre odeur me plaist !
Et que de vostre goust, tout horrible qu’il est,
Je fay bien plus d’estat que d’une confiture
Où le fruit déguisé brave la pourriture !
L’une des particularités de cet essai est en effet de nous faire (re)découvrir des pages oubliées ou méconnues de la littérature : outre Saint-Amant, une page du Président de Brosses, l’Almanach des gourmands par Grimod de La Reynière ou encore, pour clore le livre, le conte d’un anonyme du dix-huitième siècle.
Au cours de cet entretien universel, il est question d’immortalité (engendrant cette question surprenante : "il serait curieux de savoir si les dieux, qui n’ont pas le tracas de mourir, rédigent aussi des livres"), du plaisir de "cultiver les lettres" par les effets complémentaires de la lecture et de l’écriture, de gourmandise donc ("la langue sert à la nourriture aussi bien qu’au langage"), de vins, de Venise, de la vieillesse, de la plus courte scène érotique de la littérature française, de l’amour des garçons…
Ce livre parle de tout et de rien – des petits riens de la vie qui mêlent ses plaisirs terrestres et spirituels : le résumer serait donc impossible, il n’est que digressions.
Un regard sous la lune
La couverture bleu ciel des éditions Grasset convient parfaitement aux déambulations nocturnes que constitue ce livre. Maxime Cohen, lit-on en quatrième de couverture, est conservateur général des bibliothèques (– déformation professionnelle ? – l’auteur se plaît à rappeler que Rimbaud "devait beaucoup au fonds général de la bibliothèque de Charleville") et cultive un jardin de curé dans un petit village de Haute-Normandie (à propos des jardins, il consacre un chapitre sur "Cicéron et les jardins").
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