On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Une voix mondiale pour un État, un titre bien choisi. Qu’une Nation, siégeant au Conseil de sécurité de l’ONU, souhaite qu’un média nourri de sa culture – nous devrions dire des médias (TV, radio et web) – apporte une ligne éditoriale différente de celle des médias "monde" des autres puissances siégeant en a même conseil, quoi de plus logique. Ce média peut relever d’une logique commerciale, CNN, ou d’une logique de service public, la BBC. La France est bien une des rares puissances, avec la Chine et la Russie, à se poser encore la question des médias, tant sur son bassin domestique que sur des marchés étrangers, en termes de médias d’État. L’actuel projet de réforme du service public audiovisuel et les débats qu’il génère sont instructifs à cet égard.
De ce point de vue, les éléments remontés par Cyril Blet sont éloquents. Cela commence par la remarquable préface d’Hervé Bourges, qui était président des chaînes de télévision publiques au moment de la première guerre du Golfe. Durant ce conflit, le média de référence en France, dans les zones où il était reçu, fut la défunte 5 qui retransmettait en continu et en direct…les images de CNN commentées en plateau par Guillaume Durand et ses invités. Pour le service public, embedded ou pas, le camouflet était conséquent. Quant aux souverainistes de droite comme de gauche, la pilule fut dure à avaler. Tout était donc réuni pour créer un CNN made in France. La demande en est formulée et argumentée dans une lettre d’Hervé Bourges adressée peu après la première guerre du pétrole au président de la République, François Mitterrand. Nous savons aujourd’hui qu’il faudra 16 ans pour que ce média, baptisé France 24, ouvre son antenne en décembre 2006.
Le seul aspect insuffisamment traité dans ce livre est le pourquoi de ces 16 longues années. Avançons en vrac des pistes. Conjoncturellement, les historiens connaissent la méfiance viscérale que François Mitterrand éprouvait à l’égard des médias, en particulier la télévision. Son successeur n’était pas loin d’être sur la même longueur d’ondes sur ce sujet. Sur une durée plus longue, la classe politique française n’a pas modifié fondamentalement sa position adoptée à l’égard de la presse à la libération : une méfiance envers la puissance de l’argent et l’émergence de grands groupes de presse, a fortiori multimédia ; une confusion savamment entretenue entre presse d’opinion et presse d’investigation ; un refus ouvert de l’existence de rédaction indépendante de la part des potentats locaux et des relais de la raison d’État, ce qui a longtemps pénalisé la qualité du travail des réseaux tels que FR3, RFO, RFI…
Que se passe-t-il hors de France au cours de ces 16 années ? CNN se développe avec son canal international CNNI ; le groupe BBC traverse des crises, mais en sort affermi, intègre une logique web et, surtout, conserve le made in BBC, c'est-à-dire la référence mondiale en programmes de qualité ; Al-Jazira est créée par le sultan du Qatar en 1996, en version arabe, lance sa version 24/24 en anglais… la même année que la création de France 24, et la révolution Internet déboule telle un tsunami sur le paysage mondial de la communication, de l’information et de la transmission des savoirs.
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