On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Ce livre est issu d’une longue enquête de terrain menée, pendant quatre ans, dans une petite ville de province, située dans l’ouest de la France. Dans une agglomération de 150 000 habitants, la ville-centre, nommée dans l’ouvrage "Bélingard", compte 50 000 habitants dont 5 000 dans le quartier HLM dit du "Bois-Joli". Le choix a été fait de ne pas se centrer sur les grands ensembles d’Ile-de-France ou de l’Est lyonnais, mais d’aller dans ces villes plus ordinaires, où la misère n’en est pas moins réelle. Avec cette recherche, il ne s’agit pas de réaliser une monographie, mais de "comprendre les logiques du ghetto". Cette recherche se nourrit de très nombreux entretiens semi-directifs, menés individuellement ou en groupe. Le livre donne à voir les modalités du travail de terrain, notamment sa difficulté. Un passage assez savoureux décrit les embarras du sociologue pris à parti, dans un café, par un chauffeur-livreur à l’insatiable logorrhée raciste ; situation d’enquête ô combien périlleuse et inconfortable. De manière générale, cet ouvrage est servi par une écriture élégante et de très nombreuses citations des entretiens lui donnent un aspect très vivant.
Pourquoi "ghetto" ?
Le choix du mot "ghetto", dans le titre du livre, est particulièrement fort et significatif. L’auteur l’utilise non pas dans son sens propre de quartier fermé, comme dans le sens historique d’un quartier où les juifs sont contraints de résider mais dans le sens métaphorique que lui donnent souvent les médias. Didier Lapeyronnie qualifie de "censeurs", ceux qui répugnent à l’usage de ce mot pour les quartiers français et le jugent plus approprié pour décrire certains quartiers noirs des villes américaines, Aussi, pour l’auteur, "le ghetto résulte de l’addition de la ségrégation raciale, de la pauvreté et de la relégation sociale et politique, de l’isolement social et de rapports néo-coloniaux. Mais il est en même temps une réalité produite par le travail d’adaptation tout aussi collectif d’une partie de ses habitants à leur isolement et aux conditions sociales, raciales et urbaines qui leur sont faites". Le ghetto n’est donc pas une simple "réalité" sociale, mais il possède sa logique propre, logique sociale et morale, qui, non seulement le différencie du reste de la société, mais imprègne aussi lourdement la vie de ses habitants, conditionne leurs interprétations du monde social. "Le ghetto est ainsi à la fois une réponse collective à une série de contraintes structurelles et de dominations, une façon de résoudre les problèmes de l’isolement et de l’exclusion, du racisme et de la pauvreté, et, en même temps, pour chacun pris personnellement, une épreuve d’intensité variable à surmonter, un problème de milieu à comprendre et à résoudre" . Avec cette définition du ghetto, il s’agit de reconstruire le "sens" des conduites des individus, à partir des données issues de l’observation de leurs pratiques et de leur discours. Mais, si on peut accepter ce mot pris selon cette définition, le mot de "ghetto" est-il alors réellement le mieux approprié ?
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samouliru
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Yazid
Pierre