De l’Arcadie au Déluge. La nature selon Nicolas Poussin
[mercredi 03 décembre 2008 - 11:00]
Arts plastiques
Poussin and Nature. Arcadian Visions.
Pierre Rosenberg
Éditeur : Yale University Press
Nicolas Poussin revu et corrigé
L’intérêt majeur de cette exposition, et du catalogue qui l’accompagne, était ainsi, on l’aura compris, de reconsidérer l’œuvre de Poussin, rien qu’en centrant le propos sur un aspect relativement peu exploré de cette œuvre, la représentation de la nature. La démarche est fructueuse en ce qu’elle amène à faire plusieurs découvertes et redécouvertes. Parmi celles qui méritent tout particulièrement d’être signalées, mentionnons l’histoire de la réception de Poussin. Il est en effet particulièrement intéressant de voir Poussin transformé en peintre romantique à la fin du XVIIIe siècle : Jean-Jacques Rousseau, pourtant peu favorable à la peinture, n’admirait-il pas, comme nous l’apprend un des auteurs du catalogue,
L’Hiver : le Déluge de Poussin, qu’il considérait comme une œuvre qui exprimait "toute la souffrance de la nature"
? À force de considérer Poussin comme le parangon du classicisme, les critiques et les historiens du XXe siècle eurent en effet trop tendance à oublier le peintre des passions humaines et des phénomènes naturels, et le catalogue de l’exposition
Poussin and Nature vient remédier avec succès à cette négligence.
L’ouvrage est également très intéressant en ce qu’il laisse une grande place au contexte historique comme artistique. Il s’inscrit dans la lignée des travaux déjà effectués sur Poussin, tels ceux d’Anthony Blunt, un des premiers à avoir mis en lumière l’influence de la philosophie néo-stoïcienne sur la peinture de Poussin ou ceux de Tod Olson qui a récemment souligné la sympathie de Poussin à l’égard des Frondeurs en 1648. A la suite de tels travaux, le catalogue de l’exposition
Poussin and Nature attire l’attention sur le cercle de mécènes de l’artiste,
, sur la méthode de Poussin, peintre de paysage, qui comme nous l’apprend son biographe Joachim Von Sandrart, appréhendait la Nature par le biais de promenades à travers la campagne romaine dont il dessinait sur le vif certains éléments du paysage avant de les réintégrer dans des compositions idéales – aussi appelées "paysages moralisés". En ce sens, on peut presque considérer Nicolas Poussin comme un précurseur du "Promeneur Solitaire" de Jean-Jacques Rousseau et de ses émules à l’époque du romantisme.
On ne peut donc que conseiller la lecture de cet ouvrage, érudit sans être rébarbatif, qui constitue une excellente introduction à l’univers de ce peintre réputé difficile. Le catalogue de l’exposition
Poussin and Nature met au jour certains aspects inconnus d’un maître qui, au fil des pages et des somptueuses illustrations, se révèle être, non pas un austère représentant du classicisme, mais bien un artiste dont l’ambition fut de réconcilier par son art une Antiquité perdue et une Nature idéale
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La rédaction
Abrien