On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

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C'est à tous les efforts qu'il fait pour survivre qu'on juge la gravité de l'état du malade. Et mieux ils sont intentionnés, plus ils sont pathétiques. Particulièrement quand ils ne font que reconduire, avec un aveuglement sidérant, sourds aux évidences, les causes de la maladie avec les remèdes qu'on espère lui apporter.
Voilà donc le n-ième dictionnaire de ce genre, "freudien" celui-là, puisqu'il ne sera pas trop ambitieux, et ne prétendra pas à l'encyclopédisme psychanalytique. Il faut dire que le public croule sous l'offre, depuis le difficilement égalable Laplanche et Pontalis. Dans ma bibliothèque personnelle, j'en compte déjà une bonne dizaine, sans parler des lexiques plus spécialisés de la pensée d'Untel ou Untel, déjà traduits ou bien promis à ce glorieux destin. À chaque fois, c'est la même histoire : d'excellents connaisseurs, qui ont lu et relu dix ou vingt fois le corpus, se réunissent, pèsent l'urgence institutionnelle d'ajouter un lourd pavé de papier à la barricade que les psychanalystes dressent contre les assauts de l'indifférence ou de l'hostilité des temps, invoquent la nécessité épistémologique de rectifier les insuffisances ou les inepties de la concurrence (lisez : les autres groupes de psychanalystes, émargeant à une autre école), s'émerveillent des trouvailles inouïes qui les ont comblés en redéfinissant pour la dix ou vingtième fois le refoulement ou la bisexualité, calculent le périmètre de leur marché (de plus en plus les seuls étudiants en psychologie, pauvres vaches à lait des sociétés de psychanalyse , plus une petite poignée de collègues), et la presse professionnelle, ou du moins celle qui vous est favorable, célèbre l'événement à parution.
Assez ! Car c'est trop de consensus, trop de prêt-à-penser benoîtement instillé, voire, plus sournoisement, trop de subtiles suggestions sur le "minimum" qu'on s'attend "désormais" à trouver dans les copies primées et autres mémoires qualifiants de fin d'études, trop de culte des Anciens et des Héros, trop de stérile clarté et de mises au point définitives, ou mieux, définitivement mortifères. La prudence des auteurs à l'égard des " "idéologies" psychanalytiques qui peuvent ici sous-tendre certaines prises de position" n'en est que plus comique. Car on nous rassure : "Nous n'en sommes pas indemnes, même si nous avons appris à nous en défier." Il n'y aura bientôt plus en France que les psychanalystes à croire que la conscience peut se libérer de ses illusions, pourvu qu'elle témoigne d'un assez haut degré de réflexivité critique.
Mais comme les aristotéliciens agonisants au XVIIe siècle, les psychanalystes pensent que si on les méprise, si on va voir tranquillement ailleurs quand il s'agit de sexe ou de psychisme (vers les gender studies ou les sciences cognitives), c'est parce qu'on ne les a pas compris, c'est parce que le public égaré par des polémistes de mauvaise foi ne dispose pas de l'outil qui lui permettrait enfin de voir de quoi il s'agit, et combien il devrait se sentir concerné. Ah, ce merveilleux "outil" qui nous manque ! Et tout comme les aristotéliciens dépossédés de leur magistère produisaient d'admirables lexiques et des sommes lumineuses, les psychanalystes, insensiblement, cèdent sur la foi dans la rationalité de leur entreprise, et glissent dans la rationalisation de leur foi.
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