On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Les géographes qui s’intéressent à l’environnement sont nombreux et une partie de leur intérêt pour cette thématique vient de leur formation disciplinaire qui comprend, au cours d’études parfois longues, la géographie physique et la géographie humaine. Parfois ces deux aspects de la discipline se côtoient en voisins polis, parfois ils s’entremêlent et donnent lieu à une vision riche de problématiques d’interface. Paul Arnould et Laurent Simon ont pris cette position épistémologique forte : pour eux l’environnement n’est ni un enjeu naturaliste ni un problème social, c’est une question de territoire, c’est à dire d’inscription spatiale.
Leur démarche est en deux temps. Elle consiste donc d’abord à établir les fondements scientifiques de leur posture (chapitre 1), puis à traiter de thématiques à différentes échelles en choisissant des problèmes relativement transdiciplinaires et assez actuels (chapitres 2 à 8). Dans une seconde partie ils traitent de six lieux (chapitres de nouveau numérotés de 1 à 6), qu’ils étudient en tant qu’ils sont des territoires d’échelles différentes exprimant chacun à leur manière les complexités de la notion de géographie de l’environnement De ce fait leur ouvrage comporte de vastes lacunes : l’océan n’y existe pas, les littoraux sont absents et l’environnement urbain est réduit à la notion d’espace vert. Le lecteur doit considérer qu’il s’agit d’un choix et en prendre acte.
Les premiers chapitres ont pour but de démontrer que les problématiques environnementales sont mieux comprises quand on les aborde par l’entrée conceptuelle du territoire, que par celle de l’écologie ou de la politique. Cela ne signifie évidemment pas que les dimensions naturalistes et géo-politiques sont absentes, cela signale simplement qu’elles ne sont pas à elles seules des facteurs suffisants d’explication. Elles ne donnent donc qu’une compréhension partielle des enjeux. Le territoire, en revanche, est le lieu physique où le croisement des déterminismes biophysiques et des politiques d’aménagement fabrique des paysages, qui sont ceux que parfois, certains citoyens s’approprient sous le nom de "nature".
Une des thèses importantes du livre est, en effet, que même là où le sens commun (et beaucoup de média) voient des espaces naturels, on est en présence de lieux déjà anthropisés, voire artificialisés. Les auteurs signalent ainsi que la forêt amazonienne doit une part importante de sa physionomie actuelle à l’activité ancienne de défrichement par les Indiens qui l’habitent depuis plusieurs millénaires. En cela ce ne serait pas un espace "naturel" mais un territoire où la marque des hommes est discrète mais pas absente.
Dés lors que ce point essentiel est acquis (l’anthropisation des milieux), le reste du raisonnement est solidement établi : les milieux doivent évoluer en relation avec les besoins des hommes qui les aménagent. Il est donc normal que des sociétés interviennent sur les espaces "naturels" et se donnent le droit de les modifier pour y vivre mieux.
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