On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
Cela faisait des mois qu’était annoncée l’autobiographie du plus célèbre rappeur blanc des États-Unis. La voici enfin, accompagnée de rumeurs sur le prochain album à venir d’Eminem, qui n’a pas fait beaucoup parler de lui depuis quelques années. Sans doute pour se reposer de toute la surenchère nourrie par son écrasante popularité : ventes faramineuses de disques, pléthore de récompenses, tournées triomphales, faits divers et coups médiatiques en tout genre. Le récit de sa vie – à 36 ans ans à peine ! – tombe donc à pic, tant pour braquer à nouveau sur lui les feux des projecteurs que pour raviver la flamme, en rappelant à quel point son parcours incarne parfaitement le rêve américain.
Comme l’annonce pompeusement le sous-titre : Mémoires illustrées d’Eminem, The Way I Am est un récit coloré et dynamique, à l’image de son auteur et sujet. Auteur et sujet : voilà, dès la couverture, une affirmation du principal aspect de la personnalité d’Eminem, personnalité multiple, voire schizophrène, aux tendances lucides et ludiques.
Eminem est donc un caméléon, jouant avec ses personnages, ni tout à fait véridiques, ni totalement fictifs. Depuis son deuxième album, The Slim Shady EP, paru en 1997, Eminem jongle avec ses identités. Outre le petit Marshall, fantôme de son enfance, il y a Marshall Matters B. III, le père de famille moyennement respectable pour l’état civil, Slim Shady, le rappeur blond platine un peu nerd sur les bords, Jimmy alias B-Rabbit, l’anti-héros pseudo-fictionnel du film 8 Mile (Curtis Hanson, 2000), etc.
Eminem joue avec plaisir le jeu de l’autobiographie, et se livre sous toutes ses coutures – comme dans les textes de ses chansons. Tour à tour gentil, méchant, vindicatif, résigné, drôle, complaisant, lucide, touchant, il revient ici sur les épisodes importants de sa vie : l’enfance défavorisée auprès d’une mère alcoolique, les petits boulots pour tenter de sortir de la misère, son histoire avec Kim, sa paternité, ses battles au Hip-Hop Shop de Detroit, sa rencontre avec le génial producteur Dr. Dre, ses propres productions (50 Cent), son attachement à son groupe D12 et à Proof, son meilleur ami assassiné en 2006, etc.
Certes, il ne manque pas de radoter sur des sujets dont on l’a mille fois déjà entendu parler, que ce soit à travers ses morceaux ou dans ses interviews (Detroit, la misère, la réussite, le rap, la rue, le mot "pédé", etc.), mais saurait-on lui reprocher de revenir sur ce qui a aussi fait son succès ? En effet, le personnage d’Eminem – ou plutôt ses multiples avatars – a, au moins autant que la provocation de ses textes, la rapidité de son débit, la rage de son interprétation, sans parler de la manière évidente dont il a su populariser le hip-hop, contribué à sa célébrité. Le monde entier a été conquis par l’image de ce blanc-bec que Dr. Dre a pris sous son aile et qui a connu le succès après des années passées à lutter pour s’imposer sur une scène hip-hop majoritairement occupée par les musiciens noirs.
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shady974
paul