Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale. 
Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !

Depuis les années 1990, et surtout depuis les attentats du 11 septembre 2001, les États-Unis et les États membres de l’Union européenne ont multiplié les initiatives pour répondre aux menaces du "terrorisme islamiste" : durcissement des législations, renforcement de la coopération antiterroriste internationale, actions ouvertes ou clandestines violant souvent le droit international, etc. Côté littéraire, face à la profusion de textes sur les nouvelles figures de l’ennemi , rares sont ceux qui traitent des politiques antiterroristes. Et ceux qui le font expliquent en général comment lutter contre la nébuleuse des "nouveaux réseaux de la terreur" , mais n'analysent pas les politiques publiques existantes en la matière.
Aux antipodes du courant éditorial dominant, l'ouvrage collectif Au nom du 11 septembre (La Découverte) entend analyser (et dénoncer) les actions (et abus) des États en la matière. En effet, ces derniers bénéficient (et profitent) grandement des effets de sidération produits par des attentats spectaculaires et meurtriers, qui inhibent largement l’attention critique des citoyens face aux menaces que la plupart des initiatives antiterroristes font peser sur les démocraties. Coordonné par Didier Bigo, Laurent Bonelli et Thomas Deltombe (respectivement universitaires et journaliste), ce livre regroupe les écrits de plus d’une trentaine de spécialistes européens et de journalistes, tous experts dans leur domaine.
L'objectif est ambitieux : dénoncer et analyser, preuves à l’appui, les graves dérives et manipulations d’une lutte contre le terrorisme marquée au fer rouge par l’ampleur des attentats du World Trade Center. Or sans flagorner, Au nom du 11 septembre propose un ensemble sans équivalent d’informations et d’analyses qui montrent à quel point la lutte antiterroriste est devenue centrale dans la nouvelle géopolitique mondiale et la vie politique des États démocratiques. Pire : comment les acteurs en charge de cette lutte façonnent un monde d’opérations militaires, d’extension de la surveillance, de pratiques d’exception et de désinformation.
Et si les médias contestataires relayent grandement la sortie de cet ouvrage , c'est qu'il permet de mesurer clairement le chemin parcouru par les démocraties occidentales pour limiter les libertés des uns au nom de la sécurité des autres. Un chemin aussi contestable au plan éthique et politique qu’en termes d’efficacité, puisqu’en clivant les sociétés, ces méthodes encouragent souvent la violence qu’elles prétendent combattre.
GWOT vs Droits de l'Homme
La première partie du livre dessine les tendances générales de l’antiterrorisme après le 11 septembre 2001. Privilégiant l’approche transnationale, elle met en perspective une série de faits généralement appréhendés de manière séparée, qu’il s’agisse des origines, des modalités et des pratiques de la guerre contre le terrorisme. Et cette guerre est à l'origine d'un nouveau concept : la GWOT ou "Global War On Terror", qui justifie tous les excès des États. Du développement continu de la surveillance à la marchandisation des données sur des opposants politiques... que l'on transforme en terroristes dans les fichiers internationaux pour s'assurer de la coopération des régimes autoritaires.
Aucun commentaire