On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

L’approche de la communication au travers du récit est la grand œuvre de Marc Lits, une tâche de définition à laquelle il s’attelle avec l’Observatoire du récit médiatique (ORM) de l’université catholique de Louvain depuis la création de celui-ci en 1991. Ce manuel de la nouvelle collection Info&com des éditions Deboeck peut donc être considéré comme un résumé des travaux de toute une équipe, une reprise des ouvertures qu’offrent leurs recherches, mais aussi une forme de légitimation, d’institutionnalisation, au travers l’enseignement de la méthode d’analyse narratologique des médias qui caractérise l’ORM. Du récit au récit médiatique réunit donc un double objectif : positionner le récit médiatique par rapport aux autres études narratives (qu’elles soient littéraires, sur le cinéma, ou la télévision) dans lesquelles il prend sa source ; et en montrer les possibles que Lits voit très grands puisqu’il s’agit par ce biais de comprendre l’élaboration des imaginaires collectifs.
Le livre se trouve alors dans un entre-deux, car c’est d’abord un manuel qui doit résumer et réorganiser l’épistémologie des études narratives qui va de l’étude des mythes et de leurs pratiques aux analyses sémiologiques de Jost en passant par Propp, Barthes et Geimas qui incarnent l’école structurale ou encore Genette et ses catégories temporelles. Ici le manuel est un excellent outil, mais qui déroute par son organisation. Car c’est le second objectif du livre, celui de délimiter les possibles d’un récit médiatique tel que l’étudie l’ORM, qui définit le plan de l’ensemble. Chaque auteur et courant narratologique est donc clairement résumé ce qui fait du livre un bon manuel , mais chacun ne prend sa place que dans la démonstration d’ensemble de Lits sur le récit médiatique. Il ne faut donc pas considérer ce livre seulement comme un manuel universitaire, la logique qui le guide est bien plus celle d’une mise en place des théories de Lits et de l’ORM. Et c’est dans la démonstration de celles-ci que le livre devrait prendre tout son intérêt, ce qui n’est pas le cas du fait de la nécessité de respecter la forme du manuel universitaire.
Prouver l’existence du récit médiatique
Le premier élément qui permet de fonder l’approche que Lits a de la communication est l’existence même de la forme du récit dans les mass media, un point qu’il s’agit selon lui d’imposer au discours commun . En effet, de la première page où, partant de Barthes, il postule "qu’il n’existe pas de société sans histoire (et donc sans histoires), et que toute histoire se manifeste sous la forme d’un récit" au dernier chapitre où il propose le concept "d’hypernarratologie médiatique" pour analyser notre société traversée de nombreux récits, Lits ne cesse de mettre en avant l’omniprésence de la forme narrative.
6 commentaires
vaniala
Papalagui
Il constitue une très bonne base qui doit se prolonger par l'analyse du storytelling (Salmon), de l'Écrit en pays dominé (Chamoiseau), du "braconnage culturel" (de Certeau), etc.
Mes questions seraient plutôt relatives à la place d'un tel livre dans les études du journalisme, où il semble s'insérer.
Sandrine F
Mathieu B.
greg