Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Cette autobiographie de Louise Brooks est un recueil de textes publiés au fil des années dans des revues de cinéma américaines et édité en 1983 comme un ensemble . Cette édition est une nouvelle traduction en français, enrichie d'un article inédit. Elle est destinée à rendre moins confidentiels les récits d'une actrice à part dans le monde hollywoodien. Si l'on regrette une traduction parfois un peu trop littérale, on appréciera en revanche la richesse de ce court ouvrage qui révèle, derrière l'icône, une profonde culture et une extrême finesse dans l'observation des moeurs et stratégies de l'industrie du cinéma.
De l'importance de la danse
Brooks résume d'abord son propre parcours et rappelle à quel point celle qui est connue pour Loulou et Le Journal d'une fille perdue de Pabst est avant tout une actrice américaine. Elle a néanmoins un parcours très particulier et sa carrière se caractérise par une résistance à l'industrie hollywoodienne, ancrée en particulier dans son attachement pour la scène et les milieux new yorkais. Née au Kansas – région pour laquelle elle affiche un discret mais fort attachement –, elle s'installe très jeune à New York au début des années 1920 pour apprendre la danse auprès de Martha Graham et travailler avec la compagnie Denishawn .
Cet apprentissage fondateur, suivi par des débuts professionnels aux Ziegfeld Follies , sera la clef de ses interprétations au cinéma. Elle ajoute par ailleurs avoir eu des difficultés à maîtriser la parole et en particulier à se débarrasser de son accent provincial . L'échec de Brooks à passer au parlant est certes dû au fait que les producteurs n'appréciaient pas sa voix, mais aussi à cause de ce que l'actrice reconnaît comme des limites personnelles. L'épisode met aussi en cause le "génie du système" et révèle les failles de l'industrie hollywoodienne dans sa reconnaissance de certains talents. D'une part, après son expérience berlinoise avec Pabst, Brooks considère un retour à Hollywood comme l'abandon d'ambitions plus hautes . D'autre part, en dévalorisant sa voix (rappelons que beaucoup d'autres acteurs ont eu le même problème), les producteurs américains ont aussi renoncé à sa capacité de jeu et son art d'occuper la scène physiquement, ne voyant en elle qu'une image remplaçable.
Les dessous de Hollywood ?
Brooks ne cherche cependant pas à régler ses comptes avec l'industrie du cinéma. L'assemblage de ces textes, loin d'être disparate, construit un regard sur Hollywood finalement très élaboré. Le récit semble parfois sauter du coq à l'âne, mais progresse en fait par détours et associations d'idées à distance, ce qui le rend vivant et dynamique. Il faut ajouter que Louise Brooks n'est pas seulement une narratrice convaincante, mais aussi une remarquable analyste. L'enjeu n'est pas tant de construire un récit d'apprentissage déçu – forme hollywoodienne par excellence avec son pendant triomphant, la success story – que d'examiner les rouages du système. Ces mémoires montrent très clairement que le Hollywood des années 1920 est moins bien connu que la période classique, qui suit l'arrivée du parlant, et surtout que les réalisateurs et acteurs ne correspondent pas aux stéréotypes qui leurs sont associés.
3 commentaires
Marguerite Chabrol
TAL
d'autre part, pour la deuxième phrase, à faire part de mon incompréhension quant au sens de la phrase (ou du doute quant à sa pertinence).
TAL
Si je ne me trompe pas, l'édition américaine avec l'article supplémentaire date de 2000
L'édition américaine semble contenir des photos (au moins une), est-ce le cas de l'édition française ?