Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL

Les idées sur le Web

Bientôt de nouveaux résultats !

Journal d'une fille pas du tout perdue
[mercredi 26 novembre 2008 - 10:00]
Cinéma
Couverture ouvrage
Loulou à Hollywood, Mémoires
Louise Brooks
Éditeur : Tallandier
187 pages / 7,60 € sur
Résumé : L'autobiographie de "Loulou" est un essai fouillé sur le Hollywood des années 1920 et sur l'acteur de cinéma.
Page  1  2  3 

Cette autobiographie de Louise Brooks  est un recueil de textes publiés au fil des années dans des revues de cinéma américaines et édité en 1983 comme un ensemble . Cette édition est une nouvelle traduction en français, enrichie d'un article inédit. Elle est destinée à rendre moins confidentiels les récits d'une actrice à part dans le monde hollywoodien. Si l'on regrette une traduction parfois un peu trop littérale, on appréciera en revanche la richesse de ce court ouvrage qui révèle, derrière l'icône, une profonde culture et une extrême finesse dans l'observation des moeurs et stratégies de l'industrie du cinéma.


De l'importance de la danse

Brooks résume d'abord son propre parcours et rappelle à quel point celle qui est connue pour Loulou et Le Journal d'une fille perdue de Pabst  est avant tout une actrice américaine. Elle a néanmoins un parcours très particulier et sa carrière se caractérise par une résistance à l'industrie hollywoodienne, ancrée en particulier dans son attachement pour la scène et les milieux new yorkais. Née au Kansas – région pour laquelle elle affiche un discret mais fort attachement   –, elle s'installe très jeune à New York au début des années 1920 pour apprendre la danse auprès de Martha Graham   et travailler avec la compagnie Denishawn  .

Cet apprentissage fondateur, suivi par des débuts professionnels aux Ziegfeld Follies , sera la clef de ses interprétations au cinéma. Elle ajoute par ailleurs avoir eu des difficultés à maîtriser la parole et en particulier à se débarrasser de son accent provincial . L'échec de Brooks à passer au parlant est certes dû au fait que les producteurs n'appréciaient pas sa voix, mais aussi à cause de ce que l'actrice reconnaît comme des limites personnelles. L'épisode met aussi en cause le "génie du système" et révèle les failles de l'industrie hollywoodienne dans sa reconnaissance de certains talents. D'une part, après son expérience berlinoise avec Pabst, Brooks considère un retour à Hollywood comme l'abandon d'ambitions plus hautes . D'autre part, en dévalorisant sa voix (rappelons que beaucoup d'autres acteurs ont eu le même problème), les producteurs américains ont aussi renoncé à sa capacité de jeu et son art d'occuper la scène physiquement, ne voyant en elle qu'une image remplaçable.


Les dessous de Hollywood ?

Brooks ne cherche cependant pas à régler ses comptes avec l'industrie du cinéma. L'assemblage de ces textes, loin d'être disparate, construit un regard sur Hollywood finalement très élaboré. Le récit semble parfois sauter du coq à l'âne, mais progresse en fait par détours et associations d'idées à distance, ce qui le rend vivant et dynamique. Il faut ajouter que Louise Brooks n'est pas seulement une narratrice convaincante, mais aussi une remarquable analyste. L'enjeu n'est pas tant de construire un récit d'apprentissage déçu – forme hollywoodienne par excellence avec son pendant triomphant, la success story – que d'examiner les rouages du système. Ces mémoires montrent très clairement que le Hollywood des années 1920 est moins bien connu que la période classique, qui suit l'arrivée du parlant, et surtout que les réalisateurs et acteurs ne correspondent pas aux stéréotypes qui leurs sont associés.

Titre du livre : Loulou à Hollywood, Mémoires
Auteur : Louise Brooks
Éditeur : Tallandier
Nom du traducteur : René Brest
Collection : texto
Date de publication : 26/11/08
N° ISBN : 2847345388
Page  1  2  3 
Commenter Envoyer à un ami imprimer Charte déontologique / Disclaimer digg delicious Creative Commons Licence Logo

3 commentaires

Avatar

Marguerite Chabrol

10/12/08 12:20
Merci pour vos questions. Effectivement, le texte est moins inédit que cette édition ne l'affirme. Il s'agit, après vérification, d'une édition de poche, sans illustrations, de la même version que celle parue chez Pygmalion en 1983 avec illustrations. L'article inédit et la traduction datent en fait de ce moment-là. On peut dès lors regretter que cette réédition n'ait pas été l'occasion de revoir la traduction en profondeur et que la préface n'expose pas clairement l'histoire du texte.
Avatar

TAL

26/11/08 16:33
la citation que j'ai reprise du commentaire visait d'une part, pour la première phrase, à souligner son ambiguité, l'article inédit n'étant pas propre à l'édition française mais existant déjà dans l'édition originale (du moins c'est ce qui me semble).

d'autre part, pour la deuxième phrase, à faire part de mon incompréhension quant au sens de la phrase (ou du doute quant à sa pertinence).
Avatar

TAL

26/11/08 16:20
"Cette édition est une nouvelle traduction en français, enrichie d'un article inédit. Elle est destinée à rendre moins confidentiels les récits d'une actrice à part dans le monde hollywoodien."

Si je ne me trompe pas, l'édition américaine avec l'article supplémentaire date de 2000

L'édition américaine semble contenir des photos (au moins une), est-ce le cas de l'édition française ?


Déposez un commentaire

Pour déposer un commentaire : Cliquez ici