La phrase

Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS.

Jacques Julliard, entretien à  nonfiction.fr

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

C N L

CNL
Où la domination s'exerce-t-elle ?
[mardi 25 novembre 2008 - 18:00]
Gender studies
Couverture ouvrage
Classer, dominer. Qui sont les autres ?
Éditeur : La Fabrique
232 pages / 11,40 € sur
Résumé : Un recueil d'articles sur la question des "minorités", des rapports entre "dominants" et "dominés", qui sont plus des prises de position que des analyses.
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Christine Delphy, militante féministe et sociologue au CNRS, propose ici un recueil d’articles d’origines variées ("papiers académiques pour des congrès ou des revues, interventions dans des meetings politiques, articles de journaux, auditions devant des comités gouvernementaux"), traitant du lien entre sexisme et racisme, de la parité, des mouvements homosexuels, de la loi sur le foulard islamique, de l’Afghanistan. Ils ont en commun d’être des prises de position beaucoup plus que des analyses.
   
Un deuxième point commun est que ces prises de position consistent toutes dans la défense des minorités : sexuées (femmes), sexuelles (homosexuels), raciales (gens de couleur), traitées comme des catégories homologues. Le principe, assez simple, peut se résumer ainsi : les dominants (hommes, hétérosexuels, blancs ou encore "représentants de l’organisation hétéro-patriarcale", mais aussi Occidentaux, Américains, Israéliens, Medef, opposants au port du voile) ont toujours tort ; tandis que les dominés (femmes, homosexuel(le)s, minorités ethniques, musulmanes empêchées de se voiler, "non-occidentaux" ou encore "victimes afghanes des bombardements américains") ont, bien sûr, toujours raison.

Le support théorique de cette position, explicité dans l’introduction, repose sur l’idée que toute catégorisation "à la fois dichotomique et exhaustive" (telle que homme/femme, hétérosexuel/homosexuel, blanc/couleur) implique une hiérarchisation : "l’une des catégories est forcément supérieure à l’autre et l’autre forcément inférieure à la première". L’argument ne convainc guère : les légumes se divisent en espèces à racines comestibles et espèces à feuilles comestibles sans que cela implique, que je sache, une hiérarchie entre les unes et les autres. Et puis, la récurrence d’un phénomène constaté – en l’occurrence, la hiérarchie – en fait-elle pour autant une fatalité ? Cette question délicate mériterait une discussion solide, appuyée sur les travaux des anthropologues qui en ont traité ; mais l’auteur semble ignorer le nom même de Françoise Héritier.
 
Étant donné cette disqualification, au nom de l’égalité, de toute catégorisation binaire, on attendrait que la directrice des revues Questions féministes et Nouvelles Questions féministes milite pour la suspension des différences, dans la droite ligne de la position dite "universaliste". Il n’en est rien : elle n’a pas de mots assez durs pour les tenants de cette position, qui serait "en fait une défense de l’accaparement de l’universel par une catégorie très spécifique de la population, les hommes blancs" (la conclusion s’impose : les nombreuses femmes, blanches ou de couleur, qui défendent un féminisme universaliste, ne sont que des gourdes). L’auteur s’aligne sur les positions dites "différentialistes", en se déclarant favorable aux quotas de femmes, et en refusant farouchement la loi interdisant le port du voile islamique dans les établissements scolaires - ce qui ne l’empêche pas de prétendre à un "vrai" universalisme. Mais que serait ce "vrai universalisme", qui s’accommoderait de cette injustice suprême qu’est la réduction des individus à des propriétés dont ils ne sont pas responsables (ce à quoi revient la politique des quotas ou de la parité) ? Delphy ne le dit pas, se contentant d’affirmer que "c’est l’abolition du genre et non sa consolidation qui représente le terme ultime du combat". Faut-il en conclure qu’elle ne le sait pas elle-même ?

Nathalie HEINICH
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Titre du livre : Classer, dominer. Qui sont les autres ?
Auteur : Christine Delphy
Éditeur : La Fabrique
Date de publication : 17/10/08
N° ISBN : 2913372821
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26 commentaires

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Boogie

08/01/10 09:41
Je suis en phase avec les commentaires qui se positionnent contre cette "critique" qui est bien plus une charge vengeresse que quoi que ce soit d'autre.

je souhaitais juste, à titre d'exemple (de l'inanité de nombre de points de ce texte), et à la suite du commentaire de Emy Anno, m'arrêter sur l'exemple que donne Nathalie Heinich pour "démontrer" (oh avec quelle maestria et rigueur scientifique !) la fausseté du raisonnement selon lequel "toute catégorisation "à la fois dichotomique et exhaustive" (telle que homme/femme, hétérosexuel/homosexuel, blanc/couleur) implique une hiérarchisation : "l’une des catégories est forcément supérieure à l’autre et l’autre forcément inférieure à la première"".

Pour s'opposer à ce postulat, Nathalie Heinich prend l'exemple des légumes :

"L’argument ne convainc guère : les légumes se divisent en espèces à racines comestibles et espèces à feuilles comestibles sans que cela implique, que je sache, une hiérarchie entre les unes et les autres."

Mais où est-ce qu'on est, là ? Elle commence par ça, et conclut son texte en osant dire que le CNRS devrait virer l'auteur qu'elle critique !! Et publie un livre sur "les bêtises" en sociologie !!

Faut-il vraiment s'arrêter pour démontrer que son argument est, outre grossier et grossièrement méprisant, complètement à côté de la plaque ?

Alors soit, allons-y :

> Les légumes ne sont pas des humains (ceci devrait suffire...)

> (...mais je me permet d'ajouter que) les légumes ne se divisent pas en deux : outre les légumes-racines et les légumes-feuilles, il y a les légumes-fruits.

On le voit, la critique de Nathalie Heinich provoque un vrai débat de fond sur le livre qu'elle pilonne, et c'est dû à sa qualité analytique, sans aucun doute.



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Emy Anno

25/03/09 12:31
Il faudrait reprendre les arguments de Nathalie Heinich les uns après les autres... Le premier par exemple : N. Heinich tente une analogie douteuse entre d'une part la constructions des catégories (blanc/noir, homme/femme etc.) dans l'espace social et, d'autre part, la taxinomie légumière. Cette seule façon indigente (et toute rhétorique) de discréditer le livre de Delphy mériterait que l'on s'indigne de cet article. Cependant, on imagine aisément que Nathalie Heinich a trouvé plus simple d'assimiler l'espace social à celui, beaucoup moins complexe et d'une autre nature, de la taxinomie naturaliste... Et n'était que ça....
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ophaniel

18/02/09 12:44
(règlement de) compte rendu effrayant et consternant! qui relève plus de la police de la pensée que d'une qulconque analyse ou réflexion - La censeur et procureur et inquisiteur Mme Heinich se contente (et visiblement il y a du plaisir là-dedans) d'infantiliser et d'exclure du champ de la raison son adversaire - et pourtant je suis loin d'être d'accord avec - ou convaincu par - certains aspects des positions de Mme Delphy. - comment peut-on en quelques lignes avec des arguments dérisoires de maîtresse d'école jetter le discrédit sur un chercheur et l'institution qui l'accueille? A moins qu'il ne s'agisse là que d'oeuvrer au démantèlement de cette dernière?


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Nadine R.

17/02/09 15:05
Arrête Anne, on t' a reconnu Nathalie.
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Anne

09/02/09 23:47
Enfin une vraie critique qui tranche, qui s'oppose, qui taille en pièces un discours si convenu. Un bol d'air frais, merci !
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