On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Par la suite, à la répression qui affaiblit ce qu’il convient d’appeler "le mouvement de Fred Nasse", s’ajoutent les désillusions consécutives à une fin du monde qui se fait attendre. Ceux qui continuent à se revendiquer ouvertement de John Frum s’enfoncent dans une voie néo-coutumière et traditionaliste, férocement anti-moderniste. Malgré les divisions et les désillusions, les mouvements revivalistes ne sont pas à l’agonie mais bien plutôt entrés dans une "phase délirante" nous dit l’auteur, dans une "direction toujours plus millénariste". Évoquons ici pour terminer un élément qui prête à sourire mais qui paraît profondément révélateur de la dérive idéologique du mouvement : le rejet de l’Amérique et le soutien à Ben Laden, inspiré par l’esprit de John pour que les musulmans défendent leur kastom.
Le mythe comme outil d’adaptation aux bouleversements socioculturels
Incontestablement, Une pirogue pour le paradis livre des données précieuses pour saisir les processus d’adaptation aux évolutions socioculturelles. Le mythe de John Frum permet d’intégrer la nouveauté, de l’enraciner localement. Il s’agit, pour des groupes sociaux soumis à l’intrusion violente d’éléments culturels exogènes, de "les recycler par un biais rituel, de sorte à ménager dans le présent et l’avenir une place à l’héritage de la coutume". Et le cas étudié par Tabani est paradigmatique : "John Frum est fondamentalement demeuré une emblématisation de l’identité collective en devenir des Tannais et de l’adaptation de leurs spécificités culturelles en considération du jeu des influences globales" .
L’approche méthodologique est un empirisme revendiqué, laissant parler les sources et les acteurs, évitant toute conclusion théorique définitive et faisant ainsi preuve d’une modestie intellectuelle certaine. Marc Tabani, n’hésite pas également à faire part de ses émotions face à l’aura de Fred Nasse, écartant momentanément la froide objectivité pour faire ressentir au lecteur l’autorité et le charisme d’un des chefs de ce mouvement religieux. On reste cependant parfois sur le bord de la route tannaise en raison du manque de références à d’autres travaux analogues, de certains développements trop succincts. Enfin, l’absence bibliographique du deuxième tome de l’ouvrage fondamental de Bonnemaison, Les hommes lieux, dont des centaines de pages évoquent le mouvement John Frum, est intrigante![]()
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zanzibabar