Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 
Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.
Bientôt de nouveaux résultats !
Une plongée dans le brouillard transalpin. C’est ce que propose la revue d’histoire Vingtième siècle en consacrant son centième numéro (octobre-décembre 2008) à l’Italie contemporaine. Une excellente initiative puisque la bibliographie en langue française sur le sujet reste relativement peu importante. Sous la direction de Marc Lazar, près d’une vingtaine d’historiens, français et italiens, de générations et sensibilités différentes, discutent de ce "passé qui ne passe pas" dans la péninsule. Un passé qui rend la situation politique actuelle chaotique. Tous les domaines et les périodes clés sont ici abordés, du fascisme à l’Église catholique, du miracle économique des années 50-60 au berlusconisme. L’ensemble forme une analyse remarquable et passionnante.
Instrumentalisation de l’histoire
La lecture de Vingtième siècle amène souvent à désespérer de la situation italienne bien qu’il y ait parfois des occasions de se réjouir. Dans un pays où histoire et politique semblent à jamais imbriquées, les différents articles qui composent le dossier "Italie : la présence du pass" sont le signe que l’historiographie italienne a retrouvé des couleurs. Un constat qui s’applique à l’étude du fascisme. Comme l’explique Emilio Gentile, longtemps cette période noire aura été banalisée, parfois considérée comme une parenthèse insignifiante sur le plan historique, rendant l’étude de son héritage inutile. La faute en revient à des générations qui refusaient de décortiquer objectivement une ère qu’elles avaient vécue, cautionnée ou combattue. Le fait de considérer le totalitarisme comme une réalité du régime de Mussolini était même considéré alors comme une réhabilitation de cette période. Malgré des exceptions comme Renzo De Felice, ce n’est qu’avec l’apparition de la crise d’identité nationale, à la fin des années 90, qu’un nouveau regard a pu être possible. Un nouveau regard toujours d’actualité, à l’image, ici, des réflexions pertinentes de Gentile et Pierre Milza sur la question totalitaire.
D’une manière générale, pendant plusieurs décennies, c’est toute l’histoire récente de l’Italie qui a été instrumentalisée par les deux partis alors prédominants : à droite, la Démocratie chrétienne, à gauche le Parti communiste. Jamais sans doute un pays occidental n’a été à ce point imprégné par ce dualisme idéologique. Les effets, néfastes, s’en sont ressentis. Ernesto Galla della Loggia montre clairement comment, du fait de cet affrontement, l’antifascisme, socle fondamental de la Constitution italienne, est devenu, dès les années 50, un élément passant au second plan. La Démocratie chrétienne n’a pas hésité à le mettre en sourdine pour conserver un électorat qui éprouvait une certaine nostalgie du fascisme. De son côté, le Parti communiste est allé jusqu’à exploiter l’antifascisme et la Résistance – dans lesquels ses troupes ont eu un rôle important – pour combattre ses adversaires : tous les anticommunistes se sont ainsi retrouvés étiquetés comme des fascistes.
Aucun commentaire