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Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Benazir Bhutto posthume
[lundi 24 novembre 2008 - 05:00]
Asie
Couverture ouvrage
Reconciliation: Islam, Democracy, and the West
Benazir Bhutto
Éditeur : HarperCollins
352 pages / 20 € sur
Résumé : Le livre posthume de Bénazir Bhutto, entre fascination et ambiguïté, voire malaise.
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L’exercice militaire du pouvoir politique au Pakistan retint ainsi son attention : elle se pencha sur les années Musharraf et sur le double-jeu du président dès la mise en œuvre du volet pakistanais de la guerre contre la terreur. En dépit de quelques éléments intéressants, l’auteur se cantonna toutefois à des vérités sues dont la présentation visait à démontrer qu’elle représentait l’unique solution aux maux de son pays. Tout au long de son étude, elle se félicita de ce qu’elle eût dédié sa vie au peuple pakistanais. Le lecteur, bien disposé, sourit quand elle évoque le sacrifice de son mari qu’elle dépeint comme un quasi martyr de la démocratie .

Comme le rappelle Benazir Bhutto dans une dernière partie où elle consacre plusieurs paragraphes à la théorie de l’affrontement civilisationnel défendue par Samuel Huntington , les leaders religieux musulmans d’obédience modérée parviennent difficilement à faire entendre leur voix. Encore faut-il ajouter que l’immense richesse d’une minorité exige le maintien de la population dans une ignorance qui a, hélas, constitué un terrain propice à une réalité multiple que les observateurs ont tendance – depuis peu – à décrire en usant du seul terme d’islamisme. Les gouvernements pakistanais successifs n’ont jamais encouragé la diffusion d’une lecture du texte sacré qui insisterait sur le devoir des hommes à se libérer de l’oppression... À visiter, dans le village de Naudero, le mausolée  des Bhutto qui se veut une réplique du Taj Mahal indien, l’on s’interroge. La population, peu habituée à la générosité de ses dirigeants, s’extasie de la qualité des quelques routes offertes par les Bhutto dans cette région du Sind ; et elle ne se demande guère si cette famille, qui se flatte de jouir d’une immense fortune, n’aurait pu songer à la construction et à l’entretien d’un hôpital de campagne.

L’ouvrage posthume de Benazir Bhutto est donc une fresque intéressante pour qui veut sonder l’extrême aveuglement d’hommes et de femmes politiques convaincus de leur dévouement à l’égard des plus démunis, tandis qu’ils ne songent guère à la confiscation des richesses à laquelle leur naissance, voire un appât du gain à peine dissimulé les destinent. Il n’en faut pas moins rendre hommage au grand courage dont fit preuve l’ancienne Premier ministre ; c’est là une image frappante lorsque l’on songe à son époux qui, à la veille de son élection à la charge suprême de président, sembla se terrer à Islamabad, ne menant pas même une discrète campagne électorale. Tout au long de son ouvrage, Benazir Bhutto souligne que des menaces précises pesaient sur sa vie. Et l’administration Musharraf lui refusa de plus grands moyens pour assurer sa sécurité, en cherchant vraisemblablement à la pousser à renoncer à tout meeting électoral de grande envergure .

Reste toutefois à déplorer l’inexplicable attraction de l’exercice du pouvoir qui pousse les plus téméraires à braver le danger, tandis que d’autres se contentent de marchandages rondement menés. À examiner l’inquiétante évolution du Pakistan ces derniers mois, on ne peut que regretter la volonté des puissances mondiales dominantes de se fier à la classe politique de ce pays – qu’elle fût militaire ou civile. Cette dernière leur parut-elle rassurante, car elle usait en apparence (comme l’illustre l’exercice auquel Benazir Bhutto s’est livrée) d’une analyse qui apparaissait occidentale ? Il semble, en tout état de cause, que l’élite pakistanaise estime qu’elle peut continuer à se livrer à un jeu suicidaire de lutte pour les honneurs et l’accumulation des richesses, tandis qu’elle parvient tant bien que mal à inciter la communauté internationale  à continuer à lui accorder prêts et assistance. Et elle s’accorde vraisemblablement à penser que l’usage des armes dans les zones tribales permettra le retour à la normalité, tout en feignant de temps à autre de s’alarmer des vies innocentes sacrifiées.

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