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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Benazir Bhutto posthume
[lundi 24 novembre 2008 - 05:00]
Asie
Couverture ouvrage
Reconciliation: Islam, Democracy, and the West
Benazir Bhutto
Éditeur : HarperCollins
352 pages / 20 € sur
Résumé : Le livre posthume de Bénazir Bhutto, entre fascination et ambiguïté, voire malaise.
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Le 28 décembre 2007 au soir, la population pakistanaise apprenait avec stupeur l’assassinat du chef du Parti du peuple pakistanais (Pakistan Peoples Party, "PPP"), Benazir Bhutto, qui tenait un meeting électoral à Rawalpindi, dans un parc déjà tristement célèbre : le Liaqat Bagh portait le nom du premier Premier ministre pakistanais (Liaqat Ali Khan) qui avait succombé à un attentat en ce même lieu, le 16 octobre 1951. Réaction répandue dans un sous-continent indien coutumier d’événements tragiques : à l’annonce du drame, les citoyens pakistanais semblèrent tous mus par le même réflexe, celui de rentrer chez eux, tandis que les centres commerciaux fermaient. Jusqu’au lendemain soir, l’atmosphère dans la capitale, Islamabad, où l’humeur est d’ordinaire à l’optimisme voire à l’indolence (quels que soient les différents épisodes qui secouent le pays), fut celle de l’attente d’un cataclysme. Tandis que les observateurs s’interrogeaient sur une possible restauration de l’état d’urgence , le président Pervez Musharraf proclamait trois jours de deuil national, décernant à la leader politique décédée le titre de shahid (martyr). Benazir Bhutto ayant succombé un jeudi soir, elle était inhumée le lendemain, vendredi, jour important de la célébration du culte musulman ; et les autorités craignaient des débordements aux termes des prières.

Demeurait la problématique de la différentiation entre manifestations de douleurs et comportements dignes d’émeutiers. Nul en République islamique du Pakistan n’osa avouer publiquement qu’un tel événement pouvait constituer un prétexte à une explosion témoignant d’un malaise social le plus souvent tu. Était-ce que l’argument de l’extrémisme musulman menaçant retenait l’attention, évacuant tout autre débat ? Ou les élites cherchaient-elles à éviter toute allusion à la problématique d’une inégalité qui, loin d’avoir suscité une tentative de partage des richesses, s’était aggravée, comme en témoignait par exemple l’état des campagnes ? 

La télévision nationale pakistanaise entamait la diffusion en boucle d’images de la vie de Benazir Bhutto. Les chaînes de télévision privées proposaient un montage de quelques photographies de l’ancienne Premier ministre  ; le style héroïque, qui jouait d’ailleurs sur l’éclatante beauté qui avait été celle de Benazir Bhutto, n’avait rien à envier aux techniques bollywoodiennes . Séjournant quelques jours à Islamabad durant cette période, nous ne cessâmes de nous extasier de la capacité du sous-continent à fabriquer des martyrs.

À la veille de la disparition de Benazir Bhutto, les critiques que formulait sa nièce, Fatima, semblaient pourtant retenir l’attention. Fatima Bhutto ne soulignait-elle pas la probable implication du mari de Benazir (Asif Ali Zardari) dans l’assassinat de son père Murtazar, le 20 septembre 1996 ?  Au demeurant, la saga que William Dalrymple a retracée dans un article paru récemment nous renseigne précisément sur les rivalités aux accents meurtriers qui dominèrent la famille Bhutto .

C’est la tragique disparition de Benazir Bhutto qui donne un éclairage particulier à un ouvrage dont la chef du PPP avait à peine terminé la rédaction. Et le titre qu’elle choisit témoigne d’un ambitieux dessein dont, au demeurant, elle s’acquitta mal. Se félicitant de son retour dans son pays natal après un long exil, elle s’attacha tout d’abord à retracer, à l’aide d’exemples, les enjeux qui rythmèrent la guerre froide, l’Occident se préoccupant de parer à la menace rouge tout en conservant des intérêts (pour reprendre une expression longtemps usitée) dans d’anciennes colonies et protectorats. Benazir Bhutto, dans un deuxième temps, traita des événements dominants de l’histoire pakistanaise ; elle saisit l’occasion de rendre hommage à son père, Zulfikar Ali Bhutto, omettant toute critique ou, à tout le moins, description du rôle de l’élite civile voire féodale  – à laquelle elle appartenait.

 

Titre du livre : Reconciliation: Islam, Democracy, and the West
Auteur : Benazir Bhutto
Éditeur : HarperCollins
Date de publication : 01/02/08
N° ISBN : 0061567582
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