On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Bernard Noël, le corps du verbe, volume collectif proposé par Fabio Scotto, poète, traducteur et professeur à l’université de Bergame, sous forme d’hommage à l’écrivain – pour ainsi dire en remerciement de son œuvre – inclut, à son début et à son terme, trois textes inédits du poète ("Les mots recousus", "Le jardin d’encre", "Une rupture en soi"), et un important dossier, intitulé "L’outrage". Ce dernier publie les actes et les témoignages récoltés lors du procès intenté, en 1973, à l’auteur du Château de Cène, pour outrage aux mœurs, pour l’édition saisie d’un livre publié alors sous pseudonyme (Urbain d’Orlhac). On lira, peut-être tout d’abord, avec un plaisir certain cet "Outrage", rédigé et documenté par l’écrivain Jean Frémon. Le matériau biographique manipulé, issu notamment des conversations de Jean Frémon avec Bernard Noël, nous autorise à entrer de plein pied dans la souffrance et la colère d’une œuvre dont l’auteur n’hésite pas, comme les personnages de ses récits, à "s’étudier jusqu’à la douleur".
On a en effet pu qualifier l’œuvre de Noël d’écriture "comme résistance" , ce qui restera sans doute le constat de lecture et d’analyse que cherchent toutes à formuler à leur tour, avec plus ou moins de distance, les contributions au colloque de Cerisy (11-18 juillet 2005), rassemblées sous la direction scientifique de Fabio Scotto. La nécessité d’"être inacceptable", c’est-à-dire de "ne pas accepter les oppressions de l’ordre moral et de sa propre soumission", selon les mots du poète, aurait ainsi constitué l’adage de l’écriture noëlienne, non seulement à l’occasion de la censure exercée par la justice sur le Château de Cène, mais aussi durant toute son œuvre, toujours, et sans cesse, en cours.
Rumeurs d’une œuvre
Pour présenter les actes de ce premier colloque consacré à l’œuvre de Bernard Noël, le volume Bernard Noël : le corps du verbe propose une répartition des interventions en quatre grands temps : "L’horizon poétique de Bernard Noël", "Lectures phénoménologiques", "Poétique/rhétorique" et "Esthétique". Cette répartition somme toute classique s’appuie notamment sur l’apport critique précis de certains des intervenants ; la participation de Michel Collot, poète et professeur à l’université Paris-III Sorbonne nouvelle, autorise ainsi ce dernier, ainsi que plusieurs de ses interlocuteurs, à manier le concept d’horizon poétique, désormais définitivement ancré dans l’analyse littéraire, à l’usage d’un auteur encore neuf pour la critique universitaire.
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