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L'existence même de la réunion du 28 juillet sur les Roms était indigne d'un gouvernement qui se réclame de la République, les annonces faites par Brice Hortefeux sont dans la continuité. 
Pouria Amirshahi, secrétaire national du PS aux droits de l'homme

Dans son essai, Extension du domaine de la manipulation, Michela Marzano défend la thèse de l’avènement d’une nouvelle société, en construction depuis les années 1970/80 et caractérisée par le règne de l’ "hyperindividualisme". Trois valeurs centrales seraient désormais portées aux nues et érigées en modèle à suivre pour chaque individu : authenticité, volontarisme et autonomie. Un discours certes séduisant mais en réalité trompeur, que l’auteure dénonce comme étant bien davantage au service des dividendes des actionnaires que du bien-être des travailleurs. Elle s’attache ainsi à démonter le discours managérial qui porte cette évolution, en soulignant que toute l’argumentation se résume à sa forme rhétorique, alors que le contenu est vidé de toute substance. Or ce bouleversement représente pour elle un danger, puisqu’il marque le triomphe d’une approche "économiciste" du monde, qu’un slogan digne des manuels de management pourrait résumer : "Adam Smith en a rêvé, les DRH l’ont fait !"
Le cœur du discours managérial s’appuie sur l’idéologie de l’accomplissement du moi par le travail, qui serait le nouveau pourvoyeur de "sens". Il s’attache ainsi à perpétrer le mythe de l’individu entrepreneur de sa vie – à cœur vaillant rien d’impossible – qui détient désormais la clé du bonheur à portée de main puisqu’il est doté de liberté et d’autonomie, il ne tient donc qu’à lui de forcer la main au destin. Mais l’envers du décor est plus sombre : en cas d’échec, l’individu est désigné comme seul responsable, la liberté a toujours un prix. Cette nouvelle liberté de mener sa vie risque alors d’être récupérée par ceux qui savent la manipuler à leur avantage, ce que justement s’évertuent à faire les promoteurs des nouvelles techniques de management. En effet, comment expliquer ce paradoxe apparent qui veut qu’en surface les entreprises se targuent de libérer leurs salariés des contraintes hiérarchiques pour leur permettre de "se réaliser", en garantissant leur engagement sociétal par le biais de chartes éthiques très médiatisées, mais qu’en profondeur de plus en plus de salariés vivent dans un malaise permanent vis-à-vis de leur emploi, dans un état de stress et de dépendance qui les enchaîne au lieu de les libérer ? Le coup de maître des nouveaux gourous du management est de réussir à ce que les salariés intériorisent leur domination, voire la légitiment eux-mêmes. Face à un échec, ils s’auto-désigneront comme coupables et accepterons comme justifiées les sanctions. Confronté à l’image du leader comme nouveau héros, le salarié perçoit bien qu’il n’arrive pas à lui ressembler en tous points, et que par là il faillit à sa mission en tant qu’individu – et non plus à sa tâche en tant que travailleur.
Or cette manipulation tend aujourd’hui à sortir de la sphère productive pour envahir l’ensemble des champs de la vie sociale. Ainsi, la faillite d’une relation tient au fait que la personne "ne s’est pas montrée à la hauteur". Vite, pour surmonter cet échec, et surtout pour prendre confiance en soi afin de ne pas réitérer ses erreurs, il est urgent de décrocher son téléphone pour appeler un coach de vie qui saura vous faire prendre conscience de vos faillites comportementales, afin de vous garantir amour, gloire et beauté.
3 commentaires
gildandin
Odile
Les profs en ressources humaines (sic) sont également coupables… Combien d'entre-eux mettent leurs enseignements en perpective ? Combien d'entre-eux fournissent à leurs étudiants des grilles de lecture objectives et objectivantes des politiques de management interne ? Dans ce domaine, on gave les étudiants de ratios, de tableaux de bord, aucun discours philosophique sur l'individu au travail… Quant aux médias, on sait les politiques qui règnent depuis des décennies dans rédactions : le chacun pour soi, l'obéissance aveugle aux actionnaires, ce qui signifie : aucune analyse, jamais, sauf du factuel, du factuel, du factuel et encore du factuel. On abat de la brève à longueur de temps, l'esprit d'analyse a complètement disparu parce qu'il freine et dérange la course au profit immédiat. La politique d'hyper-individualisme prônée par les DRH et leur direction a conduit à l'état d'hyper-atonie des individus, de repliement de chacun sur son petit pré carré et à une inertie totale de la société face à la violence mentale et morale qu'elle subit tous les jours en silence. Le cerveaux sont lavés, vidés et c'est ainsi que le "néo-fascisme" s'est installé… Pour longtemps.
Le livre de Michela Marzano comme le papier de Nathalie Georges sont effectivement bienvenus et salutaires, mais d'accord avec le post de jérémie, qui va les lire ? La mode n'est plus à la réflexion…
En ce qui me concerne, je vais faire passer ce livre autour de moi et sur mon lieu de travail.
Il est impossible de continuer à subir sans comprendre les tenants et les aboutissants de ce que nous subissons tous les jours au travail. Oui, un sursaut s'impose d'urgence. La lobotomisation générale des cerveaux n'a que trop duré !
jérémie b.
Un livre à faire lire dans toutes les grandes Ecoles et Universités de France et de Navarre pour que tombent enfin toutes les idées reçues sur le management moderne qui n'est rien d'autre qu'un néo-fascisme qui ne dit pas son nom et qui a détruit la notion de groupe et de solidarité entre les individus au travail. Depuis 30 ans le management dit moderne a contribué à détruire l'individu au travail, dans la société et dans sa vie personnelle. Le silence des médias (grands et petits, audiovisuels et écrits) sur le livre de Marzano est tout à fait insupportable et bien dans l'air du temps…