On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Le nouveau livre de Koninck est un cours sur le livre lambda de la Métaphysique d’Aristote, un cours de grande qualité, mais un cours seulement.
Il présente finement les analyses d’Aristote en essayant de les restituer dans leur fraîcheur et en les connectant à la philosophie moderne. Si la synthèse proposée est intelligente, elle se limite trop souvent à compiler des auteurs sans proposer de vues neuves. Ses seules originalités sont, d’une part, une lecture de la Métaphysique à la lumière du De Anima, pour saisir la cohérence de la pensée aristotélicienne ; d’autre part, de se référer plus volontiers à Hegel qu’à la scolastique pour nourrir sa compréhension d’Aristote…
Le cœur du livre est consacré à "l’innovation d’Aristote, la noêsis noêseôs" , la pensée de la pensée, selon la définition qu’Aristote donne de Dieu. C’est pour en étayer la compréhension que Koninck fait appel au De Anima, où la nature de la pensée est étudiée spécifiquement. Il faut rappeler que, pour Aristote, la connaissance est une identification et non une représentation. Ce point est essentiel, car là réside la difficulté pour nous, quand nous voulons pénétrer le sens de la définition d’Aristote : "La notion de la connaissance comme une représentation intérieure nous est devenue à ce point naturelle que la vision aristotélicienne, qualifiée de “hylémorphique”, peut nous sembler étrange ; car il s’agit d’une conception selon laquelle la connaissance n’est pas la possession de représentations exactes d’un objet mais bien plutôt le sujet devenant identique avec l’objet."
Mais le Dieu d’Aristote n’est pas replié sur lui-même pour autant. Dans son acte d’intellection, il pense toute chose en lui. Se pose alors l’objection de Plotin, à savoir que cette pensée de la pensée implique une dualité au sein du principe premier. Cette considération, qui n’aurait pas échappé à Aristote, nous force à méditer plus attentivement ce qu’il signifiait. Si l’intellect en acte est les choses, et si cette pensée de la pensée est pleinement simple : "On est mis en présence ici d’une connaissance indivisible de soi, par nature antérieure à tout autre - échappant à coup sûr à la représentation humaine."
Toujours dans cette réflexion sur la nature de la pensée, l’intelligence de l’indivisible occupe une place remarquable, car c’est par là que la connaissance s’enracine dans la vérité. Koninck développe la différence profonde qui sépare l’approche d’Aristote de celle de Descartes. Pour ces deux auteurs, la saisie de ce qui est simple est marquée par l’évidence. L’intellection du simple est vraie, et l’erreur ne peut affecter que la prédication, parce qu’il y a alors composition. Mais pour Aristote, le simple, c’est la forme, l’être des étants ; pour Descartes, c’est la pensée elle-même. Ainsi, le point de vue de Descartes est, pour Aristote, le point de vue de Dieu !
1 commentaire
jacques
Parce que si nous partons de la définiton de Dieu chez Aristote - Métaphysique - 1072b 28 - une folle de questions devraient émerger de tout son être et répondre rationnellement à l'auteur.