On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Classique ou romantique ? Novateur ou conservateur ? Miniaturiste ou bâtisseur de fresques ? Magicien ou prophète ? Mendelssohn est bien tout cela à la fois, et sa musique présente une diversité que nombre de ses contemporains auraient pu lui envier". Le premier mérite de la biographie de Jérôme Bastianelli, c’est de tourner le dos à l’idée reçue d’un Mendelssohn engoncé dans l’archaïsme et l’académisme, où trop d’historiens de la musique l’ont confiné, pour nous présenter une image complexe d’un compositeur à plusieurs facettes.
Original, Mendelssohn ne reflète aucun des trois clichés les plus rebattus de l’imagerie romantique : il ignorait l’ambition de démiurge ou de Prométhée d’un Beethoven ; parfaitement sain d’esprit, il a eu le tort de ne jamais sombrer dans la folie comme Schumann ou plus tard Hugo Wolf ; enfin, il n’avait pas le caractère maladif, souffreteux de Chopin. Heureux, Félix le bien nommé le fut. Optimiste, son caractère l’est, comme souvent sa musique.
Tant de bonheur a longtemps paru suspect aux musicologues et aux mélomanes qui se méfiaient d’un homme chéri des Dieux et des muses, si éloigné de l’image du compositeur romantique malheureux, maudit et sans le sou. En revanche, on comprend qu’il ait pu, avec ses dons et ses talents multiples — polyglotte, il savait tirer à l’arc et nous a laissé quantité d’aquarelles de très haute tenue —, fasciner le polytechnicien mélomane, à la fois pianiste et violoniste, qu’est Bastianelli.
Son grand-père, Moses Mendelssohn, était un célèbre philosophe juif allemand. Sa première entrevue avec Lessing inspirera plus tard à celui-ci le récit de la rencontre entre Nathan le Sage et Saladin. La notoriété de Moses, comme celle, grandissante, de Félix, aurait fait dire à Abraham, le père de celui-ci : "Jusqu’à présent, j’étais le fils de mon père ; désormais, je suis le père de mon fils…". Bastianelli évoque le poids du cocon familial. Immensément riche, Abraham acheta un palais avec jardin, à Berlin même, et l’auteur rappelle le destin incroyable de cette demeure où se rencontraient les esprits les plus brillants avant d’être rasée. Sur le terrain rebâti a été érigée l’actuelle Chambre fédérale d’Allemagne (Bundesrat).
Jérôme Bastianelli montre bien l’extraordinaire environnement intellectuel dans lequel Mendelssohn baigne dès l’enfance. Il fréquente notamment Alexander von Humbolt, naturaliste ami de la famille, Friedriech von Schlegel, Karl Zelter, "l’austère professeur de musique" qui lui révèle Bach et lui fait faire la connaissance de Goethe à Weimar, l’écrivain restant admiratif devant l’étendue des talents de l’enfant. Génie sans doute plus précoce encore que Mozart, Mendelssohn écrivit son Octuor à seize ans, l’Ouverture du Songe d’une nuit d’été à dix-sept.
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