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critique à nonfiction.fr

La phrase

Au nom de quoi devrais-je m'abstenir de penser que les oeuvres de Bach ou Mozart sont infiniment plus profondes, plus riches et plus précieuses à tous égards que le tambourin ou le flûtiau de ce que Lévi-Strauss appelle les "sociétés sauvages" ? Un tel jugement de valeur n'implique nulle xénophobie, pas davantage la moindre volonté colonisatrice ou impérialiste, simplement l'expression d'un choix dont on voit mal au nom de quelle morale débile il devrait être interdit. 

Luc Ferry, Le Figaro, le 9 février 2012.

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Photographie, art, histoire et légalité
[mercredi 12 novembre 2008 - 09:00]
Arts visuels
Couverture ouvrage
Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie
Daniel Girardin, Christian Pirker
Éditeur : Actes Sud
320 pages / 42,75 € sur
Résumé : Un bel album de photographies esquissant une histoire des images controversées.
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C'est un livre noir incrusté de lettres argentées : Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie.
Considérant le sujet, on pouvait s'attendre à un essai mêlant le droit à l'histoire de l'art. Ce livre est d'ailleurs le fruit du travail de Daniel Girardin, historien de l'art et conservateur du musée de l'Élysée et de Christian Pirker, avocat spécialisé dans la propriété artistique. Mais il n'en est rien. Ce livre est avant tout un album, un beau livre de photographie. Il se compose de deux préfaces brèves qui précisent le point de vue adopté par les auteurs et de notices n'excédant jamais la page. L'essentiel est manifestement de montrer les photographies de l'exposition qui s'est tenue au Musée de l'Élysée du 5 avril au 1er juin dernier.

"Dès 1839, annonce Daniel Girardin, les photographes ont dû se battre pour faire reconnaître leurs images comme créations originales et pouvoir bénéficier des protections assurées par le droit d'auteur". Reproduction instantanée du réel, la photographie a peine à être reconnue comme le produit d'une subjectivité. Elle parvient difficilement au rang des beaux-arts à cause, probablement, de cette capacité inégalée à immortaliser la réalité sans passer par un médium ni par une figuration et donc sans qu'une opération d'ordre artisanal soit menée. Le papier sensible emmagasine la lumière sans rien en changer. C'est du moins ce que l'opinion publique a coutume de croire.

Appuyer sur un bouton placé dans l'axe de la scène à reproduire : le rôle du photographe se résume-t-il à cela ? Le tribunal fédéral a jugé dans ce sens, en 2004, lorsque Gisela Blau a revendiqué la propriété de sa photographie de Christoph Meili en 1997. Cet employé d'une banque suisse a beau brandir un des registres sur lequel figurent les secrets des transactions entre les nazis et la société pour laquelle il travaille, rien n'y fait. Même jeu lorsque le performeur Alberto Sorbelli entend empêcher le photographe Kimiko Yoshida d'exploiter la photographie qu'elle a prise de sa performance : tentative de rapport avec un chef d'œuvre (1997). Et n'est-ce pas encore vrai de tant de clichés devenus mondialement célèbres pour leur poids historique et documentaire comme ceux de Kevin Carter (Vautour guettant une petite fille en train de mourir de faim, Soudan, 1993), ceux de Robert Mass (Timisoara, Roumanie, décembre 1989) ou de Frank Fournier, saisissant le regard d'un enfant qui va mourir (Omyara Sanchez, Armero, Colombie, 1985) ?

Quand l'émotion est très vive ou quand l'angle de vue est banal, une photographie peut échapper complètement à l'analyse esthétique. Tout à coup, on ne voit plus que le fait ! C'est un enfant qui meurt, c'est un charnier, c'est une exécution. D'ailleurs, quand l'un de ces sujets dramatiques est traité de manière ouvertement artistique, quelque chose ne va plus. L'exemple de Sebastião Salgado (Sahel, Ethiopie, 1984-1985) est flagrant dans cette matière. Ses photos esthétisées d'une humanité souffrante sont taxées d'"exploitation de la compassion" (Le Monde, 19 avril 2000). Quand David Sherman saisit Lee Miller se lavant dans la salle de bain munichoise d'Hitler (30 avril 1945), le sujet est jugé "trop grave pour qu'un traitement caustique ou au second degré soit acceptable" expliquent Pirker et Girardin. Fugacité de l'art.

Titre du livre : Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie
Auteur : Daniel Girardin, Christian Pirker
Éditeur : Actes Sud
Collection : Photographie
Date de publication : 01/04/08
N° ISBN : 2742774327
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