Photographie, art, histoire et légalité
[mercredi 12 novembre 2008 - 09:00]
Arts visuels
Controverses, une histoire juridique et éthique de la photographie
Daniel Girardin, Christian Pirker
Éditeur : Actes Sud
Quand l'artiste sollicite le réel, ce qui est toujours le cas dans le domaine de la photographie, la motivation artistique n'est pas un passe-droit, le réel reste, il n'est pas soluble dans l'art. Quand je regarde un portrait photographique, je ne suis pas seulement devant une œuvre d'art, je suis aussi, réellement, devant un sujet photographié. C'est au photographe, conscient du pouvoir de réalisation de son art, de prendre la responsabilité de publier l'image du sujet. Mais le public a aussi son rôle dans cette affaire. Pour que la photographie demeure un art ou plutôt, accède au rang des beaux-arts, ce qui est sans cesse remis en question, le public doit refuser l'égocentrisme.
L'affaire du
Baiser de l'hôtel de Ville est un exemple de confusion entre œuvre d'art ¬qui est gommage des identités, désappropriation d'une scène qui par ailleurs est de l'ordre de l'intime¬ et, justement, scène impersonnelle associée à l'ordre artistique. Au moment de la publication de cette image rien ne se passe. Mais trente ans plus tard et plusieurs centaines de milliers de cartes et de posters ayant été imprimés, de nombreux couples croient se reconnaître. L'un deux assigne Robert Doisneau en justice, afin de faire valoir son droit à l'image et de récupérer 500 000 francs de dommages et intérêts ; ce couple sera débouté. Mais n'est-ce pas là une des formes que peut prendre la folie documentaire ?
Grisé par le réalisme, assuré de se reconnaître sur une photographie, on en oublie la dimension artistique, on la traite comme un strict instantané du réel et on exige une contrepartie pour la diffusion de son image. Où se place le geste créateur, la "belle main" du photographe ?
Question d'époque, de contexte politique et religieux, question d'éducation. Tout est bon pour dénier au photographe sa qualité d'artiste, tout est bon pour lui concéder.
Tout de même, on pourra déplorer l'absence quasi systématique d'analyse technique des clichés dans ce très beau livre. On aimerait lire quelque chose sur la sépia presque verte d'Hippolyte Bayard (
Autoportrait en noyé, 1840), sur les lumières artificielles blafardes de Steven Meisel (
Sophie Dahl pour Yves Saint Laurent parfums, 2000), sur le papier utilisé par Richard Avedon. Espérons l'édition prochaine d'une histoire esthétique et technique de la photographie par les mêmes auteurs et avec un même brio dans le choix des clichés
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