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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

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Sarkozy, l'homme fort de l'Europe
[jeudi 06 novembre 2008 - 09:00]
Union Européenne
Couverture ouvrage
Sarkozy à Bruxelles
Florence Autret
Éditeur : Seuil
137 pages / 14,25 € sur
Résumé : À l’heure où Sarkozy tente de marquer l’UE de son empreinte, Florence Autret s’interroge sur la réalité du "retour de la France en Europe".
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Dans ce court pamphlet, la journaliste Florence Autret, correspondante à Bruxelles du quotidien La Tribune, décrit les coulisses de la politique européenne de la France à l’ère Sarkozy, de la campagne présidentielle aux semaines qui précèdent le début de la Présidence française de l’Union européenne. Elle le fait d’une plume limpide et volontiers ironique, tout affichant sa maîtrise des dossiers européens. En ce sens, son livre est à rapprocher d’un ouvrage récent de Sylvie Goulard, Le Coq et la Perle (Seuil, 2007) dans lequel la présidente du Mouvement Européen - France dressait la généalogie d’un certain euroscepticisme français.


Un souverainiste masqué ?

La thèse centrale de l’ouvrage est exposée sans nuance dès l’introduction : pour Florence Autret, la politique européenne de Nicolas Sarkozy "a grandi dans la matrice souverainiste". La journaliste juge prépondérante l’influence de la pensée d’Henri Guaino sur l’action du président français. Une pensée exposée dans un ouvrage paru en 1998, L’Étrange renoncement. Nos élites ont décidément un problème avec le peuple (Albin Michel), dont Florence Autret propose une lecture critique. Dans ce livre, l’éminence grise de Nicolas Sarkozy durant la campagne présidentielle exposait ses griefs à l’encontre de l’Union européenne : critique du primat de la concurrence, de l’indépendance de la Banque centrale européenne (BCE) et, de manière générale, d’un supposé musèlement du politique par la technocratie bruxelloise. Cette "Europe de Maastricht", Guaino n’a pas cessé de la brocarder au cours de la première année du mandat de Nicolas Sarkozy, obtenant notamment le retrait des objectifs de l’Union de la "concurrence libre et non faussée" lors de la rédaction du Traité de Lisbonne – sans réelle conséquence sur le fonctionnement de cette politique, comme le démontre l’auteur.

Dans certains passages du livre, l’influence de Guaino apparaît si déterminante qu’on croirait Nicolas Sarkozy vampirisé par son conseiller spécial. Or, on peut penser que le président a sur l’Europe sa vision propre. Un regret survient à la lecture de ce Sarkozy à Bruxelles : Florence Autret aurait pu y étudier plus systématiquement les prises de position et déclarations passées du successeur de Jacques Chirac. Elle aurait peut-être découvert que, sur ce sujet comme sur tant d’autres, Nicolas Sarkozy n’a d’autre conviction qu’un certain pragmatisme et un appétit pour tout ce qui sert son intérêt médiatique immédiat.


Le discours à l’épreuve des faits


Tout au long du livre, Florence Autret déroule la chronique des interventions de Nicolas Sarkozy sur la scène européenne avant le début de la Présidence française, s’arrêtant notamment sur l’adoption du Traité de Lisbonne, le lancement houleux de l’Union pour la Méditerranée et la réaction aux signes avant-coureurs de la crise financière, autant de "scènes du retour de la France en Europe".

Première tendance lourde analysée par la journaliste : la propension du chef de l’État à s’arroger les succès des autres, comme lors de l’adoption du Traité de Lisbonne, qu’on peut assez largement attribuer aux tractations menées par Angela Merkel. Toutes proportions gardées, ce scénario se renouvelle aujourd’hui avec le "sauvetage" du système bancaire européen, que l’on doit à Gordon Brown, mais dont le président français s’est réservé le service après-vente. Florence Autret accuse explicitement Nicolas Sarkozy de se servir de l’Europe pour affirmer sa stature d’homme d’État – une tactique aisément compréhensible, étant donné les difficultés qu’il rencontre sur la scène intérieure depuis le début de son mandat.

Deuxième caractéristique de la politique sarkozienne à Bruxelles : le "maquillage des faits", lorsqu’il apparaît que les succès engrangés par la France ne sont en fait que des triomphes de façade. Il en va ainsi du Traité de Lisbonne, censé réconcilier la France du "oui" et celle du "non" au moyen de quelques artifices – suppression en trompe l’œil de l’objectif de concurrence, négation du caractère fédéral du nouveau traité, refus de considérer ce texte comme une reprise quasi-intégrale de la Constitution européenne. Idem pour l’Union pour la Méditerranée, une initiative singulièrement rabotée par les partenaires de la France, malgré tout présentée aux Français comme un projet grandiose.

 

Titre du livre : Sarkozy à Bruxelles
Auteur : Florence Autret
Éditeur : Seuil
Collection : Essais
Date de publication : 09/10/08
N° ISBN : 2020982536
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1 commentaire

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Alina

07/11/08 15:14
2 remarques :
1. « à quel point les choses auraient été différentes si la Présidence de l’UE avait été détenue par un "petit" pays, a fortiori issu de l’ancien bloc soviétique. »

Une présidence forte est faite par une personnalité forte, pas forcement par un « grand » pays. Par exemple, Jean-Claude Juncker a été un excellent président issu d’un « petit » pays. Disons aussi (entre parenthèses) que pour la Russie on est tous des « petits » pays (17,075,000 m2 par rapport à 544,000 m2 pour la France; 142,5 millions habitants par rapport à 60,7 millions habitants en France).

N’oublions pas non plus que Sarkozy a été le seul président européen qui a félicité « chaleureusement » le président Russe après les élections en décembre 2007, malgré les forts soupçons de fraude électorale. Mutatis mutandis, cet épisode rappelle par exemple que Charles de Gaulle a décoré l’ancien dictateur Roumain, Nicolae Ceausescu, avec la légion d’honneur en disant que son régime et bon et utile, mais que cela ne pourrait pas marcher en France. Les français ferment trop vite leurs yeux à ce qui se passe dans des autres pays quand cela les arrangent. Et après, dans le cadre de la guerre en Irak, Chirac affirme que les « petits » pays de l’Europe Centrale et Orientale ont « raté une bonne occasion de se taire ».

Alors … ont les pays d’Europe centrale et orientale de vrais raisons pour reconsidérer leur relation spéciale avec Washington ? Pas vraiment ou bien pas encore … C’est la France qui a été contre l’intégration de la Géorgie et de l’Ukraine à l’OTAN et non pas les Etats Unis. Une vrais Europe de la défense n’existe pas, malgré les efforts français de la mettre en place depuis le début des années 50s … Bien sûr les 2 ne serreront pas contradictoires et l’affinité pro-américaine des PECO ne doit pas être vue comme anti-française. Toujours reste il que la France manque un langage diplomatique approprié pour traiter avec les nouveaux pays membres de l’Union Européenne, qui, petits comme ils sont, peuvent former ensemble une minorité de blocage au Conseil …

2. « la crise aura permis à la France d’affirmer sa vision économique interventionniste, sans susciter d’opposition majeure »

La crise est un facteur contextuel qui encourage davantage d’intervention étatique dans un domaine spécifique. Cependant, l’antilibéralisme français (au moins au niveau du discours) a des racines beaucoup plus profondes et, comme le remarque Christian Lequesne dans son dernier livre, c’est ce même antilibéralisme qui est à la base de l’euroscepticisme français, puisque l’Europe elle-même est perçue comme un grand marché unique, sans prendre en compte la régulation législative qui fait de l’UE une communauté de droit. La France ne peut pas être une vraie force motrice de l’Europe tant qu’elle garde cette attitude défensive et même défaitiste par rapport au monde moderne, qui est basé sur la concurrence …

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