Rédacteur

Critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Le noir, cette obscure clarté
[jeudi 06 novembre 2008 - 05:00]
Arts et Culture
Couverture ouvrage
Noir, Histoire d'une couleur
Michel Pastoureau
Éditeur : Seuil
216 pages / 37,05 € sur
Résumé : L’érudition transdisciplinaire de Michel Pastoureau passée à travers le filtre d’une nouvelle couleur : le noir.
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Non-couleur

Au début de l’ouvrage, le noir est la couleur de la mort ; au fil de la lecture, c’est sa propre mort que Michel Pastoureau aborde. Contrairement à celui du bleu — et c’est là l’intérêt spécifique de l’ouvrage —, le statut chromatique du noir a souvent été remis en question.


D’une part, la naissance de l’imprimerie et la diffusion rapide de l’image gravée et imprimée développent un "imaginaire en noir et blanc". Noir et blanc deviennent alors des couleurs particulières, puis finissent par s’effacer du nuancier en tant que non-couleurs. Le noir n’est qu’un code de représentation, qu’un outil graphique, et le blanc qu’un fond, qu’un banal support. D’autre part, plusieurs découvertes scientifiques viennent achever l’agonie du noir. Du prisme de Newton, par exemple, naît la notion de spectre, c’est-à-dire d’un continuum coloré qui s’étend du rouge au violet. Si la synthèse additionnelle admet encore le blanc dans son système, le noir n’y a plus sa place. Cet ostracisme permet à l’auteur de revenir, de manière claire et historique, sur les différents modèles et classements de la couleur — du "feu visuel" sorti de l’œil de Platon à la Loi du contraste simultané de Chevreul.

Pour conclure, il nous faut justement souligner que la recherche de Michel Pastoureau, ici, s’épuise dans le XIXe siècle. Dans son introduction, il annonce par sécurité une "histoire des couleurs dans les sociétés européennes, de l’antiquité romaine jusqu’au XVIIIe siècle" et promet quelques débordements.

En effet, à travers cet ouvrage, l’auteur ne se prive pas d’aller en amont de ladite fourchette. Il s’attarde longuement sur la préhistoire des couleurs. Cependant, il ne s’aventure pas trop loin en aval. Certes, il est fait référence aux XIXe et XXe siècles. Il est question de la société industrielle, des couleurs du fascisme, ou encore de l’œuvre de Soulage. La mode du XXIe siècle est même évoquée.

Mais Michel Pastoureau ne prend pas le risque de détailler cette période, trop récente. Si, comme il le répète inlassablement, "les problèmes de la couleur sont d’abord des problèmes de société", la nôtre est encore trop fraîche pour que, même à travers la couleur, elle soit déjà analysée.
 

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