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Critique à nonfiction.fr

La phrase

Quand vous avez vu effectivement des paysans pendus à leurs chambranles par leurs propres tripes sous les couteaux de jeunes ukrainiens engagés dans l’armée allemande, et que vous revenez trois mois plus tard au lycée Carnot et dans une famille où il y a un valet de chambre qui sert à table et où il manque simplement quelques membres de la famille qui sont morts ici ou là, il y a en effet un décalage complet entre ce que vous avez vécu et la vie normale.

Pierre Nora, France Inter, le 25 janvier 2012.

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Le noir, cette obscure clarté
[jeudi 06 novembre 2008 - 05:00]
Arts et Culture
Couverture ouvrage
Noir, Histoire d'une couleur
Michel Pastoureau
Éditeur : Seuil
216 pages / 37,05 € sur
Résumé : L’érudition transdisciplinaire de Michel Pastoureau passée à travers le filtre d’une nouvelle couleur : le noir.
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La saga Pastoureau continue : que tous ceux qui n’ont pas encore fini de décortiquer le Bleu  se pressent, car voici déjà le Noir.

En réalité, peut-être n’est-il pas nécessaire de se presser, peut-être n’est-il pas nécessaire d’avoir fini le Bleu pour pouvoir commencer le Noir… Il est d’ailleurs probable que ceux qui ont déjà lu le Bleu ressentent le besoin de l’ouvrir à nouveau pour le confronter à cette nouvelle publication… En effet, comme le souligne l’auteur lui-même, ces deux ouvrages fonctionnent comme un diptyque.

Si l’éditeur rêve d’un triptyque, voire d’un retable irisé, l’auteur, pour sa part, n’a pas prévu de se lancer dans une telle entreprise. À ses yeux, une série de monographies monochromes n’aurait aucun sens. Ces deux ouvrages, déjà, se répètent par endroits. Le bleu ayant été longtemps un "sous-noir" ou un "noir de type particulier", il y a nécessairement des recoupements.

Principes de précaution

Michel Pastoureau ne cesse de le rappeler : "Une couleur ne vient jamais seule." Ainsi, sous couvert de bleu ou de noir, il nous parle en fait de l’ensemble du spectre. Cibler une teinte n’est ici qu’un prétexte pour soulever les nombreuses problématiques associées à la couleur en général - l’ouvrage, largement illustré, est d’ailleurs haut en couleur.


Cette exploration dure depuis quarante ans. Comme en témoigne sa propre bibliographie ainsi que celle du présent ouvrage, Michel Pastoureau est ce téméraire des sciences sociales, qui s’aventure çà et là, traverse les frontières et balise de très nombreux domaines. La couleur étant "par essence un terrain transdocumentaire et transdisciplinaire", cette polyvalence est ici des plus appropriées.

Comme à l’accoutumée, Michel Pastoureau nous livre, en guise d’introduction, une sorte de manuel du bon historien des couleurs dans lequel il énonce les principales précautions à prendre face à toute œuvre colorée. Plus que légitimes, ses mises en garde sont à la fois documentaires, méthodologiques et épistémologiques. Ainsi, il fait mention tant des différentes conditions d’éclairage que de la qualité des reproductions imprimées, tant des diverses théories scientifiques qui se sont succédé que de la menace générale d’une lecture anachronique des couleurs. Si l’organe-œil est depuis longtemps le même, les sensibilités, les systèmes et les codes chromatiques, eux, sont particulièrement mouvants, toujours relatifs à une époque ou à une région. 


En avouant n’avoir "jamais cru à une symbolique universelle des couleurs, indépendante du temps et de l’espace et commune à toutes les civilisations", Pastoureau en appelle au doute et à la retenue.

Titre du livre : Noir, Histoire d'une couleur
Auteur : Michel Pastoureau
Éditeur : Seuil
Collection : Beaux Livres
Date de publication : 16/10/08
N° ISBN : 2020490870
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