On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Ancien chef de gang, Lamence Madzou a dirigé une bande de blacks hyperviolents de l'Essonne avant de devenir un père de famille rangé rêvant de travailler pour un office HLM. Joli plan médias… Mais peu importe ce qu’en font les journalistes et les attachés de presse, le fait est que J’étais un chef de gang est un témoignage exceptionnel qui nous fait voyager de l’Essonne au Congo et nous offre une plongée sans concession à l’intérieur du mouvement hip-hop, des bandes ethniques et des trafics en tout genre. Sans tomber dans la fascination pour la violence, ni dans le discours moralisateur.
La racaille et la sociologue
J’étais un chef de gang n’est bien sûr pas le livre de l’année, mais il explore une piste qu’aucun livre sur les banlieues n’a su emprunter pour l’instant : plutôt que de payer un nègre littéraire à mettre plus ou moins bien en forme le récit de la vie d’un caïd (et c’est souvent raté), ce récit est le fruit de la rencontre entre un ancien chef de bande, Lamence Madzou, et une sociologue du CNRS, Marie-Hélène Bacqué. Du coup, c’est plus clair, plus structuré et plus lisible que la plupart des témoignages de ce genre.
Pour les plus intellos, le récit de Madzou est suivi de Voyage dans le monde des bandes : une soixantaine de pages visant la mise en perspective historique et sociologique de l’histoire du chef de gang. Le lecteur lambda s’ennuiera ferme en parcourant ces lignes et le scrutateur attentif y déplorera de nombreuses redites, mais le sociologue en herbe y trouvera vaguement matière à enrichir ses notes. Bref, un appendice pas complètement inutile mais loin d’être indispensable. Passons au contenu…
De l’identité française et de la fierté black
N’en déplaise aux racistes et aux xénophobes en tout genre, le fait est que les fils d'immigrés ne se considèrent pas comme des ennemis de la France, bien au contraire : ils se sentent Français, même s’ils savent que leurs racines sont ailleurs.
"Aujourd'hui, les gens se disent congolais, ivoiriens, sénégalais, maliens. À cette époque, ça n'existait pas. On se disait noirs, fin de l'histoire. Nous ne savions même pas d'où chacun venait. Bizarrement, nous ne nous étions jamais vraiment posé la question. Je suis d'origine africaine et je ne le renierai jamais mais je me sens français. Je n'ai pas une once de cette culture africaine. Cette façon de penser, d'agir ne fait pas partie de moi."
Mais bien évidemment, c’est difficile de ne pas se rendre compte qu’on a la peau noire quand la majorité a la peau blanche. Comme beaucoup d'autres, Lamence Madzou est donc parti en quête de ses origines pour mieux comprendre qui il était. Au milieu des années 80, la culture hip-hop est une révélation : les Noirs y sont largement représentés et respectés. Afrika Bambaataa et la Zulu Nation participent clairement à l’éveil de la "conscience black".
Corps social oblige, la culture des grands frères pousse les plus jeunes à imiter les plus vieux. Ainsi, les adolescents suivent leurs aînés à Paris pour aller en boîtes de nuit et se rendent vite compte que toutes les portes ne leurs sont pas ouvertes et qu’ils se retrouvent souvent entre Noirs. Mais ces soirées sont aussi des lieux de rencontres et d’échanges : les récits de l’histoire africaine résonnent comme des symboles forts aux oreilles des jeunes en quête de repères.
"Ils nous ont fait comprendre que nous étions des Noirs et qu'il existait des choses pour les Noirs. Ils nous ont initiés à un nouveau monde, à une nouvelle culture qui nous est propre à nous, les Blacks. Nous avons appris davantage sur nous-mêmes, sur notre histoire, la fierté de nos peuples et leurs origines, leurs combats, leurs souffrances, les épreuves qu'ils ont traversées. Surtout, nous avons appris que nous pouvions partager cela avec d'autres qui, comme nous, avaient les mêmes attentes, les mêmes questions."
5 commentaires
BrutuS
SOL INVICTUS
ZsXm
MxSz
N'oubliez pas qu'une partie de vos lecteurs ont l'odieuse prétention d'être des "intellos". Du coup, le petit couplet anti-intellectualiste et anti sciences sociales (évidemment synonyme d'"ennui") tombe de mon point de vue à plat.
"On" n'aurait pu en effet insister sur l'aspect dommageable de distinguer l'analyse sociologique du témoignage sur lequel elle s'appuie.
"On" aurait pu, même brièvement, mettre en perspective cette ouvrage (auto)biographique avec d'autres titres proches par les thèmes (l'ouvrage de Philippe Bourgois, En quête de respect, parmi bien d'autres) ou par la méthode, dont François Dosse a rendu compte dans son livre Le pari biographique (p.101 sq. Désolé, ça fait note en bas de page, référence, sociologie ou science politique, horresco referens)
Mais "on" se contente d'un plat résumé sans intérêt. En quoi ce livre est-il différent des autres ? Que nous apporte-t-il de plus (ou de moins) que d'autres analyses, comme celle de D. Lapeyronnie par exemple ? Etc.
Bref, "on" devrait lâcher sa Nintendo et son rubik's cube, ou alors aller faire des piges ailleurs.
wéman