On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

"Bienvenue sur les étoiles mortes de l’enseignement supérieur". Les premières pages de l’ouvrage annoncent la couleur : il ne s’agit pas ici de célébrer le dynamisme du système scolaire français. Ultra-élitiste, sclérosé, il serait responsable des difficultés économiques du pays et condamné face à la mondialisation du marché éducatif.
Le thème n’est pas nouveau, mais il faut croire qu’il est vendeur eu égard à la floraison d’ouvrages qui lui ont été consacrés ces dernières années. Acteurs du système ou journalistes se sont en effet succédés pour dénoncer la compétition au fondement de ce système, la reproduction sociale qu’il induit et les difficultés que rencontrent ceux qui essaient de le réformer. Ici, ce sont deux journalistes indépendants, Thomas Lebègue et Emmanuelle Walter, qui se penchent à nouveau sur la question. De prime abord, une interrogation surgit : qu’apporte cet ouvrage sur un thème déjà largement traité ?
Alors que les lois LRU sur la réforme de l’Université ont suscité de nombreux débats, alors que l’on discute des politiques d’ouverture sociale en classes préparatoires et dans certaines grandes écoles, il n’est pas inutile de bénéficier des mises au point et des synthèses que proposent ces deux auteurs.
Démocratiser l’"enfer des prépas" ?
Certes, sur certains points, il ne s’agit que de (légères) variations sur un thème devenu classique. De fait, on n’échappe pas au passage obligé sur "l’enfer des prépas", avec les élèves dépressifs et – ce sont parfois les mêmes – les bêtes à concours dressées depuis leur plus jeune âge pour entrer à l’X ou HEC. Les élèves de classes préparatoires cités par les auteurs "ne vont jamais au café" ni aux soirées. Ce type de discours, présentant une image dramatisée et souvent caricaturale de ces formations, est à peine nuancé par une rapide évocation des prépas "moins cotées et moins sélectives". Ce qui est à regretter lorsqu’on sait que le champ des classes préparatoires ne saurait se résumer à celui de quelques établissements parisiens . En outre, les discours dramatisant ce type d’expérience conduisent à une forte auto-censure des lycéens, surtout chez ceux qui sont issus des catégories populaires, déjà moins prompts en général à se tourner vers ce type de formation .
Au delà du discours soulignant la dureté du système, les notes extrêmement basses et les maux spécifiques aux jeunes de prépas, les auteurs s’intéressent aux politiques dites d’ "ouverture sociale" mises en place dans différents établissements depuis quelques années afin d’élargir le recrutement extrêmement élitiste de ces formations . Les auteurs reviennent ainsi sur certaines mesures emblématiques, du 30% de boursiers en classes préparatoires souhaité par le président J. Chirac à la circulaire de Darcos-Pécresse de février 2008 appelant les proviseurs des lycées à présenter 5% des élèves "les plus méritants" en classe préparatoire, circulaire qui restera finalement lettre morte, du fait de son caractère trop flou.
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