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critique à nonfiction.fr

La phrase

On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire.

Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans. 

Fondation Jean Jaurès

Fondation Jean Jaures

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Réflexion hégélienne sur la vie mutilée
[mardi 28 octobre 2008 - 05:00]
Philosophie
Couverture ouvrage
Les pathologies de la liberté
Axel Honneth
Éditeur : La Découverte
127 pages / 11,40 € sur
Résumé : Axel Honneth se réapproprie Hegel pour mettre en avant la dimension intersubjective et institutionnelle de la liberté.
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Il y a un autre aspect de la pensée hégélienne que Honneth juge inactualisable, et on le suivra plus volontiers sur ce point. La promotion de l’État comme la plus haute des sphères de la vie éthique marque le retour des liens verticaux, alors même que le thème de la reconnaissance privilégiait l’horizontalité des rapports sociaux. Certes, Hegel envisage l’État comme l’institution qui doit "préserver les différentes sphères communicationnelles" . Dans une analyse très fine de la "surinstitutionnalisation" , Honneth montre toutefois que l’auteur des Principes ne traite que des liens subjectifs qui peuvent être institués par l’État. C’est ainsi que l’amour prend le pas sur l’amitié comme "disposition d’esprit éthique" : à l’inverse de la seconde, le premier peut être institué dans la famille et le mariage. Tout se passe comme si Hegel n’accordait de valeur éthique qu’aux liens affectifs qui reçoivent un cadre juridique, et deviennent donc contrôlables par l’État. Or une pensée de la reconnaissance accordée à la démocratie plus qu’à l’État doit être en mesure d’intégrer des rapports intersubjectifs qui, sans être traductibles dans le langage du droit, participent néanmoins de l’exigence de justice.

 Dans sa préface, Franck Fischbach remarque avec raison que Honneth aurait tout aussi bien pu insister sur le déficit d’institutions qui se trouve à la source de certaines pathologies modernes de la liberté. S’il ne le fait pas, c’est probablement parce qu’il s’attarde davantage sur la conception hégélienne de la famille (caractérisée, en effet, par un institutionnalisme fort) que sur celle de la société civile. À l’intérieur du marché, la "dérégulation" (droit du travail, sécurité sociale) est clairement à la source de nouvelles pathologies sociales.     La "sur-instiutionnalisation" dans certaines sphères sociales n’est pas nécessairement exclusive du manque d’institutions dans d’autres, l’essentiel étant de savoir si c’est à l’État seul qu’il revient de remédier à la "souffrance d’être indéterminé". En définitive, ce livre permet de nuancer les jugements sur l’individualisme moderne qui pêchent si souvent par leur caractère tranché. Tout en reconnaissant, comme Hegel, une légitimité au principe de cet individualisme, Honneth décrit les pathologies consécutives à son absolutisation anti-institutionnelle. Il parvient à rendre compte sur un mode non pathétique des caractéristiques d’une "vie mutilée", séparée du monde au point d’être incapable de le rejoindre.

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