On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.
La France d’Alain Minc
Si l’on ne peut reprocher à Alain Minc sa vision de l’histoire, puisqu’il écrit toute une introduction pour expliquer qu’il n’est pas légitime, on peut toutefois s’arrêter sur un problème qui semble fondamental dans son texte, à savoir sa vision de la France.
La pertinence du cadre national pour analyser l’histoire de France, comme pour analyser l’histoire de tous les pays du monde, pose un problème évident quand on mesure le rôle des échanges, des transferts, des mouvements de population dans la constitution progressive de la nation et de l’État. C’est en effet une France très repliée sur son territoire que présente l’auteur. La France hors de France, ou bien la colonisation, sont deux aspects quasiment occultés par une Histoire de France, comme si la mondialisation commençait dans les années 1990, et comme si les conquêtes coloniales constituaient des épiphénomènes ou des événements historiques peu importants. Or, comment comprendre la France du XXe siècle sans la colonisation, et, surtout, comment comprendre la France d’aujourd’hui sans l’immigration issue des colonies et sans les traumatismes afférents ? Ce sont des débats qui agitent l’histoire contemporaine, et alors que l’auteur écrit des pages intéressantes sur la politique française sous la Cinquième République, il ne fait qu’esquisser ces phénomènes sans les analyser suffisamment, ne disant mot de l’important "parti colonial" républicain. Cela contribue à donner à son texte un ton très classique, mais surtout à le rendre d’emblée un peu vieillot, voire, osons le mot puisque l’auteur s’en sert comme procédé narratif, anachronique.
Une histoire de France d’Alain Minc est donc surtout une histoire des personnes qui ont exercé le pouvoir en France. Plus qu’un choix historiographique, cela révèle une conception très personnelle de l’histoire et de la France qui occulte la part des acteurs sociaux dans les évolutions historiques (des paysans de l’Ancien Régime au monde de l’entreprise aujourd’hui) ; il s’agit donc d’une vision très technocratique, mais on ne peut reprocher à Alain Minc de s’intéresser à cette histoire-là de la France. Et c’est en cela que pour un historien, bien loin de refuser qu’on braconne sur ses terres, cette histoire personnelle s’avère extrêmement intéressante. Surtout pour celui qui, dans cinquante ans, fera l’histoire d’Alain Minc![]()
3 commentaires
Charles
cf : http://www.acrimed.org/article2551.html
Alain Plenel
Esmiland