On doit avoir très peur d'écrire. Ça n'est pas un acte naturel comme manger, ou faire l'amour. D'une certaine façon, c'est un acte contre nature. C'est dire à la nature qu'elle ne suffit pas, qu'il faut une autre réalité, l'imagination littéraire. 
Carlos Fuentes, écrivain mexicain décédé hier à l'âge de 83 ans.

Ce serait sans doute par la dernière phrase du livre qu’il conviendrait d’aborder l’ouvrage : le secrétaire général de l’Élysée Claude Guéant ne serait pas "l’homme qui murmure à l’oreille de Sarkozy", contrairement à ce que le sous-titre laisse entendre. Il serait, en réalité, celui qui articule "clairement la mise en œuvre d’une politique de droite" qui, jamais, ne tombe "dans l’oreille d’un sourd".
Car cet essai sur Claude Guéant n’est pas une simple description de sa vie : il est une véritable démonstration du rôle prépondérant que tient celui que l’on nomme "le premier préfet de France" dans la politique du pays. En cela, les deux auteurs du livre, Christian Duplan et Bernard Pellegrin, journaliste à Marianne pour le premier, à l’AFP pour le second, parviennent à démontrer de manière objective l’influence que joue Claude Guéant dans la sphère élyséenne. Or, cette objectivité de la part des deux confrères journalistes vis-à-vis de celui qui se fait surnommer tantôt Richelieu tantôt Mazarin, on pouvait en douter de prime abord. Et pourtant, aucune véritable critique négative, aucun reproche ne transparaît à la lecture de cet ouvrage sur son personnage principal : Claude Guéant est bel et bien un "homme à part", "un homme étrange", un "Monsieur zéro défaut". D’où d’ailleurs la difficulté toute particulière qu’ont eue les auteurs du livre à l’écrire : faire un portrait sur Guéant relevait du véritable défi. Le préfet de Nicolas Sarkozy ne se confie pas. Sa discrétion appartient à sa légende, nous préviennent les deux auteurs. Bref, un "mauvais client" pour les journalistes. Et si Claude Guéant a accepté de se confier à Christian Duplan et Bernard Pellegrin, c’est à la condition qu’ils n’abordent pas sa vie privée.
Le livre n’est donc pas celui du "scoop" ni du "potin", ce qui, d’une part, tranche singulièrement avec les autres essais ou biographies du même rang sur les hommes politiques et, d’autre part, en renforce l’attrait et l’objectivité.
L’ouvrage est à trois dimensions. Il aborde la vie et le parcours de Claude Guéant, de son enfance jusqu’à sa sortie de l’ENA et ses premiers postes avant "la rencontre" avec Nicolas Sarkozy. Il raconte, bien sûr, le rôle déterminant qu’a joué Claude Guéant dans la victoire du 6 mai 2007 et celui qu’il tient aujourd’hui à l’Élysée. Enfin, il met en exergue la loi des contraires entre le président de la République et son secrétaire général.
Guéant, "l’homme qui est arrivé, pas parvenu".
Né à Vimy en 1945, Claude Guéant est un homme du Nord, du monde ouvrier et minier. Même si pour lui, la langue "ch’ti n’a pas de gueule", il ne renie pas ses origines. Ce sont elles qui ont forgé Guéant et ses valeurs : respect, solidarité, fierté du travail ; "refrain que mettra en musique Sarkozy pendant la campagne électorale".
Issu d’une famille d’instituteurs, Claude Guéant grandit dans un univers solidaire, emprunt de socialisme municipal. Son bac en poche, il part un an aux États-Unis grâce à une bourse destinée aux élèves méritants, puis il entre à Sciences Po, "une école assez mystérieuse, lointaine, parisienne", confie le protagoniste du livre. Enfin, parcours classique dira-t-on : il intègre l’ENA, où il accomplit son stage ouvrier comme mineur, véritable retour aux sources, signe d’un enracinement dans son histoire.
À sa sortie de l’ENA, promotion Thomas More (1977), il choisit la préfectorale contre la diplomatie ou le trésor. Un choix qui étonnera plus d’un de ses camarades de promo, dont Jean-Paul Huchon pour qui "choisir la préfectorale après 1968, dans notre promotion, c’était presque honteux. Un truc pour les derniers du classement, ou alors, il fallait vraiment le vouloir".
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JMGAMA59210
Alphonse