Je ne crois à l'éclatement, ni de la droite, ni de la gauche, parce que le système présidentiel l'empêche. [...] Du reste, pour le moment, la droite était au bord de la guerre civile et pourtant, elle n'a pas éclaté. Maintenant, Copé et Fillon sont copains comme cochons. Pourquoi ? Parce que les règles institutionnelles les empêchent de s'entre-tuer, même chose au PS. 
Jacques Julliard, entretien à nonfiction.fr

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Gaëtan Gorce est un homme politique à l’ancienne et pourtant il est résolument moderne. À l’ancienne parce qu’il croit dans ce qu’il dit. Quand il défend des positions, ce ne sont pas, contrairement à beaucoup de ses camarades de parti, de simples postures – on l’a ainsi vu ces dernières années batailler ferme sur les questions sociales pour le groupe socialiste de l’Assemblée nationale ou encore se battre pour faire avancer la législation sur la fin de vie… Il a des convictions et ce sont celles-ci, et uniquement celles-ci, le sujet de son livre. Mais les idées du député-maire de la Charité-sur-Loire ne sont pas pour autant datées. Elles sont même souvent iconoclastes au parti socialiste. Elles lui valent une réputation de franc-tireur. Ancien-moderne encore car, s’il place délibérément sa plume sous l’autorité tutélaire de Mendès-France, c’est pour mieux esquisser ce que pourrait être le projet du parti socialiste pour demain – celui d’aujourd’hui est à la fois périmé, inconsistant et inaudible. Un parti enfin libéré de ses habitudes mortifères, prêt à se battre dans son siècle sur ses propres positions plutôt que dans le précédent au nom d’une idéologie qui n’a jamais été la sienne, et qu’il n’a d’ailleurs jamais réellement pratiquée aux affaires.
La hauteur de vue dont fait preuve l’auteur tout au long de chapitres quasi-programmatiques ne l’empêche pas pour autant de dessiner d’excellents portraits de quelques-uns des principaux responsables socialistes de notre époque. Il les connaît par cœur pour avoir partagé avec eux de longues heures dans les salles de réunion de la rue de Solferino. Ainsi montre-t-il bien que Laurent Fabius ne s’est jamais remis d’un début de carrière fulgurant, passant en une dizaine d’années du statut de jeune prodige du système scolaire français à celui de Premier ministre par la seule grâce de François Mitterrand. Ou encore combien le talent exceptionnel pour l’intrigue et la tactique d’un François Hollande s’est toujours déployé dans le vide, ne servant jamais aucun projet, ni aucune idée ("un Mazarin sans cause" !). On regrettera, au passage, l’absence d’un portrait de Ségolène Royal que l’auteur a côtoyée de près, notamment pendant la dernière campagne présidentielle.
L’analyse de Gaëtan Gorce sur le parti socialiste est tout aussi impitoyable que les positions qu’il a assumées publiquement ont étées courageuses : notamment sa démission des instances dirigeantes du parti après l’élection présidentielle de 2007. Une "élection ingagnable" à ses yeux, tant ce parti – collectif souvent indistinct sous la plume de l’auteur qui, comme beaucoup de ses condisciples formés à l’ENA, n’est pas vraiment porté sur la précision sociologique… – s’était acharné à empêcher tout candidat issu de ses rangs d’être en situation de gagner et à produire un projet périmé avant même d’avoir été écrit. Les Français n’attendaient plus rien du PS comme le dit l’auteur, ce qu’ils lui ont très clairement signifié lors de toutes les élections nationales depuis 2002.
Que faire ? Se tourner vers les autres, les partis-frères européens notamment ? C’est sans doute la partie la moins aboutie de l’essai de Gaëtan Gorce. Mais comment peut-il en être autrement au moment où toutes les gauches de gouvernement en Europe, qu’elles soient au pouvoir ou dans l’opposition, tâtonnent, hésitent ou encore bégaient leur programme de réformes des années 1990. L’auteur le montre bien pour le nouveau travaillisme britannique qui, après avoir montré la (troisième…) voie, cherche désespérément un second souffle. Idem pour la fameuse "social-démocratie" suédoise. Tout ça finalement pour quoi faire ? Prôner le retour en force de l’État dans la régulation de l’économie ? Certes, mais comment ?
6 commentaires
brassus
Une militante de 19 ans !
J'en suis étonnée aussi, mais force est de constater que celui qui est certes "énarque, quinqua et ex-collaborateur" de tous ceux cités au dessus est celui qui incarne avec le plus de conviction le renouveau du PS ! En plus, et ça mérite vraiment d'être souligné car c'est une qualité qui se fait rare, GGorce est quelqu'un qui se bat en interne pour le renouvellement générationel du PS...
lassa
Alors que faire? Écarter du pouvoir ceux qui l'ont confisqué depuis le congrès de Rennes avec les résultats que l'on sait . Les garder dans le parti en leur donnant une représentation raisonnable mais insuffisante pour qu'ils puissent nuire. Rebatir autour des compétences toutes générations confondues. Se centrer sur une analyse sans dogmatisme mais réaliste de la société mondiale, des besoins et des aspirations des peuples. Vivre avec le pays ,réfléchir,travailler, ensuite proposer et agir .... et ceci en équipe car nul n'a la vérité et s'en remettre à un chef guide providentiel est anti-socialiste .Ceci dit quand on a des personnalités de qualité c'est un plus qu'il ne faut surtout pas négliger pour travailler avec en équipe.
Gorce me parait très "électron libre". Il me semble chercher à se démarquer sans vraiment proposer un projet lisible pour une rénovation indispensable mais douloureuse du PS. Son impact sur les constructions à venir sera sûrement de ce fait plus que limité.
Phrank Masson
L. BOUVET
Mais avouez que la compétence alliée à la conviction, le tout sans tralala médiatique, c'est déjà en soi un renouvellement.
Et puis 50 ans, en politique française, ce n'est pas si vieux !